Mardi 1er septembre

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Les lions sont lâchés.

Sauf que les lions ont plutôt l’air de lapinous affolés lorsque leurs profs principaux les appellent, et qu’ils découvrent leur classe de l’année. Me voilà aux commandes de la 3ème Orphée. 3ème super jouasse à l’idée d’apprendre qu’elle finira tous les jours à 18 heures. Toute honte bue, je mise sur l’absence totale d’anticipation des mômes.

“Ne vous en faites pas, ça ne commencera que dans deux semaines ! En attendant, vous finirez à 16 heures.”

Grands soupirs de soulagement, deux semaines c’est genre dans un siècle quoi. Du coup je suis le prof trop cool qui a avant tout une qualité primordiale : il était là l’année précédente. Entre ça et le but que j’ai marqué au match prof-élève l’année dernière, je devrais vivre un mois de septembre à peu près correct.

Après-midi, B. avec un sourire incrédule : “J’ai voulu quitter le collège et je me suis fait refouler par la principale-adjointe, la prochaine réunion est obligatoire.”

Après-midi aussi : je ne sais pas quel truchement pervers du destin je co-anime une réunion d’accueil des profs fraîchement arrivés, avec une collègue hypra-expérimentée et deux inspectrices. Mon ego demande d’une toute petite voix s’il peut se cacher sous un caillou. On me demande de conclure l’activité. Je déglutis très fort, j’ignore la petite voix qui me souffle “de quel droit ? De quel droit ?” et je lâche la seule chose dont je suis sûr : “On ne peut pas vous donner de solution parfaite pour chacun des problèmes que vous rencontrerez. Ne cherchez pas à appliquer des recettes qui fonctionnent avec quelqu’un, si vous ne les sentez pas. Vous devez trouver votre masque, votre persona de prof.”

J’ai le mien dans la main. L’argile est par endroit mal cuite, craquelée, et le vernis s’écaille sur le bord. J’ai encore du chemin pour vraiment apprivoiser cette persona.

On finit la journée par la présentation du Concours de la Résistance : “C’est vraiment génial, les gamins de la cité, s’ils gagnent peuvent aller voir en vrai à quoi ressemble un camp de déportés ! Imaginez leur enthousiasme !”

Grave. 

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