
7h08, je marche le long du quai, vers la tête du train. Tous les matins. Ça m’évite de le faire une fois que je serai à Ylisse. Parfois je croise B., T. ou V. Ou même des collègues d’incarnations précédentes. Ce matin ce sera T. On cause musique assistée par ordinateur, évaluations, fête de l’Huma. La journée commence teintée différemment.
C’est la semaine masse d’armes et hallebardes : les classes que j’ai en charge ont décidé de tester ce prof qui leur promet des voyages improbables dans des pays de fiction depuis le début de l’année. Ça ne bosse plus, ça me considère d’un sourcil dédaigneux. Du coup, je mets l’intégralité de mes stocks de bienveillance sous clé, et je me mue en une sorte de désaxé totalement imprévisible, qui distribue les sanctions – rares et brutales – avec un sourire de Chat du Cheshire. Et qui continue à les faire avancer sans tenir le moindre compte des soupirs reléguant l’ouragan Katrina au rang d’aimable brisounette.
C’est peut-être l’expérience, c’est peut-être les mômes, c’est sans doute l’équipe de collègues : j’ai l’impression de mieux vivre l’épreuve que les autres années. Finalement, j’ai peut-être intégré ce que je passe mon temps à leur dire : “Ne perdons pas trop de temps. On a tellement de choses à faire.”
Pause de midi. Je constate avec joie que notre petit jeu, à T. et moi, est toujours d’actualité. T. a l’esprit aussi mal placé que le moi. Nous passons notre temps à guetter le moindre sous-entendu un peu graveleux avant d’échanger un regard qui nous met à deux doigts de la crise d’hilarité. Je me dirige vers mon casier. L. y a déposé un paquet de Wasa parce que j’aime bien ça et qu’elle en avait chez elle. Si le collège Ylisse, c’est ça cette année, ça me va.
Entraînement à la dictée du brevet avec les 3èmes Tortipouss. Explication du Complément d’Objet Second.
“Monsieur, vous pouvez redonner un exemple ?
– Bien sûr : dans “Je rends sa hache de combat à ma soeur”, à ma soeur est complément d’objet second.
– Vous avez une soeur ?
– À quoi elle lui sert à quoi, sa hache ?
– Ben à se battre, il l’a dit !”
Mes exemples de grammaire sont toujours d’une débilité confondante. Ça remonte à mon enseignant de CM1, dans la petite école de deux classes. Maternelle-CP, CE1-CM2.
L’instit, c’était mon père.