Arnaque monumentale de début de semaine : malgré les prédictions apocalyptiques dûes à la COP21, les RER n’ont jamais aussi bien roulé et mon wagon me dépose sans le moindre heurt à Ylisse où un rang fort dégarni de 3èmes latinistes m’attend.
Ah oui c’est vrai : stage en entreprise. Durant deux semaines, je n’aurais qu’un demi-groupe d’élèves (l’un une semaine, l’autre la suivante). Je lance donc l’activité de fin de séquence avec les alumno : fabrication d’un jeu de plateau autour des acquis du premier trimestre. En moins de temps qu’il n’en faut pour décliner “amicus”, les mômes improvisent une série de question qui me fait transpirer et un plateau de jeu “on pourrait recréer le Vésuve à l’échelle monsieur !”
Ces gamins sont fous.
Préparation dictée brevet avec le bout de 3ème Orphée. J. est penchée sur sa feuille “Je suis nulle, je suis nulle, je suis nulle.” Mantra. J. est arrivée il y a quelques semaines, je la connais depuis mon début de carrière. Elle est de ces innombrables mômes qui se barricadent derrière leurs difficultés. Et quelle meilleure enceinte qu’un redoublement subi et un échec au brevet. Mais cette fois, j’ai le temps. De prendre sa petite forteresse de tortures d’assaut. J. est placée au milieu de la classe, parmi les mômes les plus sympas. Vient au tableau. Doit défendre son orthographe de “consissieuse”. Et oui, c’est bon, ça la saoule, mais j’ai le temps, le temps de la saouler. Je ne sais pas grand-chose, J. Mais ça je le sais. Le moindre chiard qui a un tout petit peu envie de s’en sortir, quel que soit le coin de son château-fort où il dissimule sa motivation, je peux communiquer avec lui. Qu’il le veuille ou non. J’ai juste besoin d’un peu de temps. Et cette semaine, du temps, j’en ai.
3ème Tortipouss. Ils me rendent leur dernière rédac sur Antigone. La dernière lettre d’amour d’Hémon à Antigone. M. me rend son travail. Trois pages taillées au cordeau. Un équilibre dans les phrases, des sentiments qui s’affranchissent du manque de vocabulaire. Une vraie, belle missive d’amour.
Qu’elle a signé Polynice.
Sortie de cours. Un mec erre près de l’arrêt de bus. Brame. “Je vais pisser contre le mur !” Je lui lance un regard sévère. Il me calcule : “Je peux pas dire ça devant des gamins. Je vais faire pipi contre le mur.”
Je marche sur la pointe des pieds entre les pages de Yoko Ogawa depuis une dizaine d’années.
Parce que son monde est serein, intriguant, malsain. Parce que dans ses histoires, toujours anodines, toujours incongrues, on entend le silence entre les mots.
Chacun de ses romans commence par un déséquilibre. Quelque chose qui ne devrait pas être là : un décès inattendu, un éléphant sur un toi, un hippopotame nain. Et autour de cette faille, l’ordre tente de se restaurer.
Les mots de Yoko Ogawa sont d’une élégance insensée et la traduction de Rose-Marie Makino leur rend superbement justice.
Il vaut mieux préférer les derniers romans de Yoko Ogawa aux premiers. Plus polis et plus rudes à la fois. C’est un voyage en silence. Et à perdre le souffle.
“Je vais écrire quoi dans mon journal, ce soir ? – Tu n’as qu’à écrire sur nous, ce soir.”
Alors, V., j’écris sur nous ce soir.
Sur une poignée d’adultes qui se retrouvent entre quatre murs, à bavasser. Là aussi le quotidien. Tous ensemble, profs et non profs, à faire notre mue. À nous sentir un peu plus légers, loin d’Ylisse. À cultiver cette schizophrénie que je défend bec et ongles.
Cette fois, c’est ce logis d’adolescent que je n’arrive toujours pas à appeler “chez moi” qui accueille la petite troupe. Je me fous royalement de l’agencement de ce 35m carrés. De l’agencement Feng Shui ou pas du canapé, de la machine à laver trop en vue ou du meuble de cuisine dont la longévité est une insulte, tant aux lois de la physique que de l’esthétique.
Mais ce soir-là, isolé dans la cuisine (lire : à deux pas et demi de “l’espace salon”) avec V., regarder les conversations et les rires couler d’une personne à l’autre, les rires sautiller par-dessus les restes de quiche, de tartes et de bonbons, oui, pour une fois, je me sens chez moi.
Je repense au pauvre petit lampion de papier de Blanche Dubois dans Un tramway nommé Désir. Son seul rempart contre un monde trop dur. Ce soir, rien ne pourra arracher les lampions que les conversations ont accrochés.
Remise de contrôles avec les 5èmes latinistes. Comme toujours, je passe dans la quatrième dimension : ça renifle quand je n’ai pas inscrit l’habituel “Euge !” sur les copies, ça a les yeux brillants d’avoir raté le point bonus, ce qui barre la route à un 11/10 “Je suis bête monsieur ! Bête bête bête !” Et me voilà parti à expliqué qu’avoir écrit Vésure au lieu de Vésuve n’est pas le signe avant-coureur d’une vie ratée, passée à enchaîner les petits boulots précaires pour finir par basculer dans la délinquance.
Cette vague d’angoisse n’a visiblement pas atteint les 3ème Orphée dont la seule préoccupation semble être aujourd’hui de louer un tueur à gage pour se débarrasser des profs qui leur ont refusé les précieuses récompenses au conseil de classe de la veille. Et me voilà à réexpliquer – à mots couverts – l’inanité de ces récompenses, l’importances des appréciations et les vrais objectifs de l’année : le choix d’une orientation. Retour des questions auxquelles je réponds sans discontinuer depuis maintenant trois mois. Je finis par exploser :
“J’ai l’impression d’être dans Un jour sans fin ! – Ah ouais ! Le film avec la marmotte ! J’ai adoré !”
Mon envie de sauter par la fenêtre est tempérée par le fait que la moitié des mômes d’Ylisse apprécient un film vieux de plus de deux ans, avec Bill Murray dedans. Ce qui ne fait taire mon stress. Cette année, les mômes semblent souvent plus réalistes dans leurs choix d’avenir que leurs géniteurs. Telle L. L. qui s’éclate en langues (elle est déjà bilingue) et souhaite bosser dans le tourisme ou la traduction. “Mes parents veulent que j’aille en S, monsieur ! Alors que je galère comme pas permis pour assurer en maths ! Vous pouvez parler à mon père ?”
On va parler au père de L. Encore. Et encore. Et encore. Parce que c’est tout ce qu’il y a à faire.
3ème Tortipouss. Aujourd’hui, on attaque “Le dormeur du val”, marronnier tellement ridicule que j’attends sereinement que le cours parte en cacahuète. Ce qui n’arrive pas.
Par contre, M. prend la parole pour l’une des interventions dont elle a le secret et qui me terrorisent. Après avoir levé la main, elle questionne posément, d’une voix cinq cent fois plus audible que la mienne :
“Monsieur, pourquoi les poètes y vont-ils par quatre chemins pour exprimer leurs idées ?”
Je pourrais balayer ce genre d’intervention d’un revers de la main s’il ne s’agissait pas de M. Bonne élève, charismatique, torturée, chieuse, rebelle. À chacune de ses questions, la classe semble suspendue à ses lèvres. De ma voix la plus assurée j’explique qu’il s’agit du mode d’expression du poète. Qu’il s’adresse à une sensibilité qui n’est peut-être pas celle de M. mais qui existe, qui a ses façons de fonctionner qu’il est bon de connaître, afin de ne pas se retrouver démuni face à la poésie, tant au brevet que dans la vie. Je termine sur une question qui, le reste du temps, affirme tant ma bienveillance que mon professionnalisme mais qui, là, semble une attente de verdict :
“Ma réponse vous convient-elle ?”
Hochement de tête. Comme à chaque fois depuis le début de l’année, j’ai passé le test. Au prix d’un affolement que je ne m’explique pas. Ou plutôt si. J’ai toujours en tête les conflits entre M. et V. dont je sais qu’il fonde ses enseignements et son autorité sur des fondations si voisines des miennes. Leur relation est infiniment compliquée et ne s’arrange pas avec les années. Pour l’instant, M. accepte ce que je lui dis. Pour combien de temps ?
Café avec T. Il s’apprête à passer la certification cinéma. Un simple stage peut y préparer. Je ne me suis inscrit à aucune formation cette année. Signal d’alarme. Orientation 3ème, accueil nouveaux collègues, tutorats, préparation de la réforme. Ylisse me prend du temps. Beaucoup de temps. Attention.
Après deux heures passées à buller, les yeux dans le vague, j’entame une dernière heure de latin avec les 4èmes. Version sur les conquêtes romaines. La justification divine de leurs guerres d’expansion.
“Ils font comme les terroristes, monsieur ! Ils se servent de la religion ! – Tu racontes n’importe quoi. Déjà ils ne nient pas le modèle des vaincus. En plus, c’était il y a plus de 2000 ans.”
Dix minutes durant, ils argumentent. Manipulent les concepts et les événements. Sereinement. Pas une seule fois le ton ne monte. Ils ne demandent mon aide que pour s’assurer d’un point historique.
Sortie. Divine m’accoste. Divine la bien nommée. En 2de générale cette année. Tremblant, je lui demande comment ça se passe.
“Horriblement dur cette année. Sauf en français. Là, on voit La machine infernale. Ah, vous nous avez bien armé contre elle !”
Armer les môme contre la machine infernale… Parfois oui.
Tohru Adachi, en plus d’être le mec imaginaire qui me ferait abondamment baver partout si j’étais l’un de ces pervers fans d’animés japonais (ce qui n’est bien entendu pas le cas. Haha.), est LE méchant de jeu vidéo auquel je peux parfaitement m’identifier : un mec médiocre, bien glauque, insignifiant et qui se retrouve d’un coup doté de pouvoirs mystiques et qui va conséquemment fondre une durite et en profiter pour fiche le bazar partout. Parce que le monde entier est idiot, que lui est supérieur à tout l’univers et qu’il mérite tellement mieux que son lot quotidien.
Journée Tohru Adachi. Je veux tout être sauf prof. Je mérite mieux. Je mérite mieux parce que, pour la première fois depuis que je gribouille sur internet, une remarque anodine est passée pour une flambée méprisante pour les profs des écoles – qui viennent en deuxième dans la liste de mes super-héros après les médecins sans frontière – et que j’ignore comment m’en dépatouiller. Je mérite mieux parce que j’en ai assez de poireauter 4 heures avant de faire cours, tout ça pour une réunion dans laquelle l’intervenante a dû compresser en une heure deux heures d’intervention. Je mérite mieux parce que les 3ème Orphée n’évoluent pas comme je veux, je mérite mieux parce que je veux écrire je mérite mieux et puis c’est tout.
Je suis Tohru Adachi, je me complais dans l’auto-apitoiement. Juste aujourd’hui. Juste cette fois. Et ça n’est pas grave. Parce que oui, de temps en temps, et de plus en plus, soyons honnête, ce boulot me gêne aux entournures. Parce que Tohru Adachi me rappelle que le moi prof n’est pas tout. Que je n’en tirerai pas toujours autant de satisfaction qu’en ce moment. Et qu’un jour, oui un jour, je me suis promis d’arrêter. C’était le jour où j’ai été admis au CAPES. Un jour je partirai.
Et ce sont là les limites du pouvoir du flic dépressif et costume froissé. Il ne sait pas quand, il ne sait pas comment, il ne sait pas pourquoi. Mais ses plaintes me rappellent que c’est une question à laquelle je devrai me confronter tôt ou tard.
Français. 3ème Orphée : “Monsieeeeeeur, avec Mme B. on rigole pas assez en Histoire. – Oui, ça fait une semaine que vous m’en faites la remarque, je vais finir par comprendre. – Mais on rigole paaaaas ! – D’accord. Vous voulez vraiment qu’on parle du potentiel lol du programme d’Histoire de cette année ? Non parce qu’entre Hitler, la Shoah et les chambres à gaz, elle est moyennement aidée, Mme B. – Ah ouais. C’est vrai on avoue…”
Entrée du responsable jeunesse de la ville d’Ylisse, qui vient filer un coup de main aux derniers mômes qui n’ont pas encore trouvé de stage d’observation en entreprise. Trois. “Dites, pas curiosité, il y en a beaucoup dans ce cas dans les autres classes ? – Tiens tiens, on fait le compétiteur ? Rassurez-vous, il y a pire que vous.” Petite jubilation ridicule. Les plaintes d’Adachi se font plus sourdes.
Latin. Révision de conjugaisons : “Monsieur. Faut qu’on m’explique. Pourquoi un système aussi simple que le latin, il a donné une horreur comme le français ? Non parce que moi, pif paf je repars dans le temps et je parle latin hein ! C’est grave plus simple !”
Elles sont nombreuses à Ylisse, où la moyenne d’âge des profs est de 30 ans à peine. Des fois elles arrivent à la récréation, “le” sourire aux lèvres, le regard sur leur bidon. On sait déjà ce qu’elles diront. Il y a l’hystérie des mômes lorsqu’ils l’apprennent, les listes de noms qu’ils préparent et dont on se débarrasse très très très très vite. Il y a B. qui l’avait deviné dès la fin du premier mois.
Et puis il y a cette petite pointe de bonheur, de jalousie et de regret mêlés quand on se dit qu’elles ne finiront pas l’aventure de cette année avec nous.
Les 3èmes Tortipouss font n’importe quoi, les 3èmes Tortipouss ne veulent pas écrire leur rédaction sur table. J’ai beau prêcher à qui veut l’entendre qu’une journée de collège consiste à chevaucher le chaos, je ne parviens pas à faire le lien entre les mômes fins, adorables, drôles et foutraques que je pratique depuis une semaine et les ados désinvoltes et pénibles qui me font face. Jeudi ça se passera sans doute mieux. En attendant, je me prends une fois de plus en pleine gueule mes illusions quant au fait que j’ai “pigé” comment fonctionne une classe d’ados et je tente de convaincre L. de reprendre son stylo.
Latin. Les 5èmes travaillent dans un silence religieux, ils ont parfaitement appris leurs conjugaisons. Je m’en mettrais à chantonner en me disant que, finalement, ce niveau de classe peut être sauvé quand :
“Monsieur ? – Oui ? Coeur ballons bisounours ? – Il faut mettre les verbes dans l’ordre ? – Euh… pardon ? – Oui, enfin les personnes ? Faut les mettre dans l’ordre ? Parce que je retiens jamais laquelle est la première personne, la deuxième la troisième… en français non plus d’ailleurs. – Moi non plus ! – Moi non plus ! – C’est quoi une personne ?”
Trois lexomils plus tard, Vie de classe. Après un discours assez stérile sur “Va falloir bosser davantage pour avoir son orientation”, session bureau des pleurs. Les 3èmes Orphée ne sont pas content, les profs sont méchants avec eux, les profs les traumatisent, les profs veulent les voir pendus par les orteils et couverts de confiture de framboise au-dessus d’un nid de fourmis rouges.
“Il ne vous est pas venu à l’idée qu’un professeur non plus n’aime pas vraiment finir un cours sur des cris et des punitions ? – Beuh c’est pas vrai, ça, monsieur. – Je vous l’assure. Quand un cours se termine mal, je sors furieux, je cherche à comprendre comment mieux vous faire comprendre, pourquoi ça c’est mal passé ? – Mais… pourquoi ? C’est pas grave !”
Stupeur de L. derrière ses billes pâles. Et je me dis qu’il y a là peut-être une carte à jouer. Poser une phrase qui bâtira la petite mythologie des mômes. Un sixième de seconde pour se décider.
“Parce que c’est ça, aimer son travail. – Sérieux, monsieur ? – J’ai l’air de plaisanter ? – J’avoue. Pour une fois non.”
Retour en RER. B. me parle de I., que j’avais l’année dernière en 4ème. I. était l’un de ces mômes capables de me faire écumer de rage, le chiard refusant de reconnaître qu’il n’écoutait pas, même retourné à 180 degré vers son voisin en train de commenter le dernier match du PSG.
“Je lui ai demandé où il faisait son stage, rigole B., il m’a dit qu’il le faisait avec toi. – Ils sont masochistes, ces mômes, en fait.”
Malgré les difficultés du boulot d’enseignant, il faut reconnaître que les sources de satisfaction sont multiples : de l’élève qui découvre, la fièvre aux pupilles, les textes de Maupassant à celui que l’on guide vers une orientation professionnelle dans laquelle il s’épanouira. Ces mômes avec qui on part en voyage scolaire, dans un périple qui changera pour certains leur vision du monde.
Ou juste la fois où tu peux laisser libre cours à tes instincts sadiques.
Pour moi, ça c’est passé à 10h45 ce matin. Récapitulons.
J’aborde l’argumentation avec les 3ème Orphée. Thèse, arguments, exemples. Nous nous penchons sur des discours, écrits, audio, vidéo. Nous cherchons à analyser la substantifique moelle de boum.
Boum ?
Boum. Et derechef. Contre le mur en contreplaqué véritable communiquant avec le couloir. Bon prince, je laisse passer et repart avec les 3ème dans l’étude de boum.
Quelque part au dix-neuvième boum, je sens mon self-control s’évaporer – à la grande joie des chiards qui préparent déjà les meilleurs sièges et les seaux de popcorn – et me transforme en un mix bizarre de Super Saiyan (sans les cheveux) et de Mademoiselle Mangin dans Princesse Sarah. J’ouvre la porte à la volée et débarque, la bave aux lèvres et un marqueur à la main, devant une troupe de monstres qui semble penser que les couloirs du premier étage sont un endroit convenable pour se livrer à une rave party. Je crois reconnaître une bande de cinquième qui partagent la lettre de leur section avec la Cinquième Pampa, de sinistre mémoire. À croire que c’est une malédiction. J’ouvre la bouche et, pour une fois, arrive à produire une série de hurlements particulièrement convaincants. Il doit être question de trucs concernant le très probable caractère éphémère de leur parcours scolaire en ces murs s’ils continuent à gonfler leur monde, de leurs quelques infractions à la courtoisie la plus élémentaire (j’euphémise) et du fait que je suis médaillé d’or au lancer de marqueurs sur cible vivante. Au mépris des lois de la physique, les monstres parviennent à former un rang parfaitement géométrique en moins de six secondes. Je passe au stade Super Saiyan God et élève encore la voix de quelques décibels (là où elle émet d’inquiétants tremblements) exigeants qu’ils rentrent dans la salle, bande de petits canaillous, et plus vite que ça. Quatre dixièmes plus tard, le couloirs est à peu près désert et je regagne ma propre salle.
S. : “Ça fait du bien, des fois, hein monsieur ?”
Latin : A. est en cinquième, A. me demande s’il est possible de suivre les cours de latin de quatrième. Elle a le temps, ça la fera finir à six heures le soir mais c’est pas grave, monsieur, le latin c’est trop bien, comme ça elle en aura cinq heures par semaine, parce que bon, les deux premières déclinaisons, c’est bien gentil mais c’est trop facile et la Monarchie Romaine, elle connaît déjà, la République un peu moins, elle peut dites dites, monsieur, elle peut ? J’hésite entre le fait de la secouer par les épaules en exigeant que cet androïde retire son masque de fillette ou de me reverser une vodka-lexomil.
Conseil de classe : On m’a chargé des “fiches élèves”. Elles retracent le parcours des élèves depuis leur sixième. Je découvre le combat sans trêve de Y. pour se maintenir à un “niveau moyen”, mention qui la suit depuis neuf trimestres, les progrès monstrueux de M., le refus systématique que nous félicitions L.
La négociation aux récompenses commence, menée par Cheffe. Félicitations, compliments, encouragements, alerte ? Cheffe a beaucoup apprécié que je m’inscrive à la formation “Motivons nos élèves”. Qui proscrit toute récompense en conseil de classe. Hyper stigmatisant.
Message d’élève. I. “J’ai bien aimé le texte de Plaute ce soir. Je crois que j’aime beaucoup apprendre.”
Garfunkel
and Oates est un duo comique américains composé de deux (duh) nanas
absolument géniales : Kate Micucci (que vous avez peut-être aperçu
dans Scrubs
et The
Big Bang Theory)
et Riki Lindhome (Big
Bang Theory
aussi).
L’occupation
principale de Garfunkel and Oates est de chanter. Chanter des
chansons totalement débiles et atrocement trash sous des dehors
mignonnets. Le genre qui me fait rire très longtemps et très fort.
Avec leur look de chaton écrasé pour l’une et de star de
téléréalité pour l’autre, les entendre entonner leurs
interrogations sur la fellation ou leur mépris pour les soirées
djeunz ne manque pas de sel…
Mais
de temps en temps, on gratte un peu et on se rend compte qu’il n’y
a pas qu’une envie de tirer à la sulfateuse sur tout ce qui bouge
chez les deux flingueuses. La chanson Such
a loser me
plairait assez comme oraison funèbre par exemple (je le signale
comme ça au cas où, hein !)
Garfunkel
and Oates est également le nom d’une série injustement arrêtée
au bout d’une saison, qui met en scène les deux héroïnes dans
leur rôle de comiques cherchant à vivoter à la petite semaine,
tout en chevauchant leurs abominables névroses.
Bref,
Garfunkel and Oates c’est à crever de rire, c’est atrocement
bienveillant et vraiment interdit au moins de 18 ans. Ah et il faut
être anglophone. SI votre profil répond à ça précipitez-vous.
Vous vous rendrez un sacré service.