Mardi 3 novembre

J’ai trouvé. Ma conscience a la tête (et la voix) de la Fée des Lilas dans Peau d’Âne. Et pendant toute la formation que je suis aujourd’hui (faisons preuve d’empathie avec nos élèves, volume 2), il me semble l’entendre asséner sur un ton réprobateur “Mon enfant…” à chaque nouvelle théorie abordée.
Autant il me semble constructif et sain de se confronter à des idées théoriques et inapplicables – la confrontation est toujours piquante – autant après six heures de discours à base de “ne dites pas à Farid qu’il vous gonfle mais que la relation entre vous et lui semble de nature à vous gonfler.” ma seule envie est de sortir dans la rue arracher leur sucette à des bébés et révéler à Nadine Morano que Joséphine Ange Gardien, en fait, c’est une comédienne.

Pendant la pause, je croise J. qui change de couleur.

“Monsieur, vous nous aviez dit que vous seriez pas là.
– J’ai dit que je ne faisais pas cours. Mais je suis dans le collège.
– Mais pourquoi vous faites pas cours ?
– Parce que j’assiste à une réunion.
– Mais pourquoi vous êtes dans le collège ?”

J., qui, en 5ème, connaît déjà ses trois premières déclinaisons et en sait probablement plus que moi sur la cellule familiale romaine ne parvient pas à concevoir par quel bizarre accident spatio-temporel je peux me trouver à Ylisse sans faire cours.

Discussion avec S. “On se connaît depuis deux ans et une semaine.” J’adore son choix de mots. S. est l’une des collègues avec qui j’ai effectué ce mémorable séjour à Palerme. Nous en savons beaucoup l’un sur l’autre depuis. Et nous parlons à peine. C’est une relation en satin, un truc fluide, sans attaches. 

Sortie. Dans la petite voiture, V., B., T. et moi continuons à parler boulot. Et je me déteste. J’aimerais réussir à changer de sujet, parce que ce soir, le taf me semble poisseux. Je n’arrive pas à m’en détacher. Englué. Et vague impression que mes trois comparses sont eux aussi coincé sur leur lourd costume de profs. Alors que je connais chacun d’entre eux pour tellement plus que ça.

C’est pour ça qu’en rentrant, je regarde Delphine Seyrig chantonner. 

“Mais de grâce écoutez,
J’ai tout manigancé.”

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