Vendredi 5 février

Début de week-end passé à dégommer des méchants avec Bayonetta, la sorcière qui émascule les monstres et les préjugés sexistes. À chaque adversaire réduit en confettis, la question qui résonne, celle que j’entends depuis mon arrivée en poste en région parisienne : “Mais ce n’est pas trop dur, d’enseigner en établissement classé ?”

J’avais toujours la même réponse.

“À Ylisse c’est différent. Même si le contexte n’est pas évident, il y a une relation de confiance. Les mômes ne sont pas hostiles avec nous et vice-versa.”

Je m’étais fait de cette certitude une armure. Erreur, comme toujours. On n’enseigne pas en cotte de maille. Ces dernières semaines, le credo explose. Il y a dans nos prises de becs avec les élèves quelque chose qui m’affole au plus au point. Et qui s’est cristallisé quand M. a demandé à A. de lâcher une sixième qu’il trainait par le sac. A. n’a pas répondu. il s’est approché près, très près de M. L’a toisée. Et est parti sans lui prêter la moindre attention.

Ça déborde. Avec cette autre collègue qui a manqué de se faire chourrer son vélo, cette môme de ma classe qui a manqué de respect à T. (et qui, depuis, tremble dans ses chaussettes sachant que j’attends sa maman pour un entretien à ma sauce (les mamans m’aiment bien et j’abuse de ce privilège)), cette gamine qui m’a hurlé dessus quand je lui ai demandé si elle avait bien cours dans cette salle.

Ça déborde avec les sourires dégoulinants d’arrogance que des troisièmes adressent à leurs enseignantes. Il y a dans cette arrogance quelque chose qui me glace. Qui salit déjà les adultes que ces mômes vont devenir. 

Ça déborde avec la fatigue, qui me pousse à m’enfermer dans ma classe, où ça se passe encore relativement bien.

Un week-end. Un week-end pour se mettre à distance, réfléchir. Trouver les solutions inédites, recréer l’unique au Collège Ylisse. Ça urge.

Je crois que je vais me refaire un niveau de Bayonetta.

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