Samedi 12 mars

Aaaaah oui, je ne te l’ai pas racontée, celle-là !

Le vendredi, de 16h à 17h, c’est latin avec les 4èmes. Il sont 11, autant te dire que c’est une heure plutôt relax. D’autant plus que le poids de la semaine se fait sentir, de leur côté comme du mien.

Hier, nous travaillons sur du montage vidéo. La première étape consiste à squatter une salle informatique qui ne soit pas occupée par un cours, en train d’être nettoyée pour le week-end ou soumise à une maintenance quelconque.

Nous jetons notre dévolu sur la salle T003.

Arrivé sur place, je me rends compte que nous avons perdu A. qui est restée dans le couloir à taper la discut’ avec une surveillante. Faut dire que A. prend le latin de façon trèèèès relax et ne voit pas vraiment le problème d’arriver avec trois quatre minutes de retard. J’envoie donc V., que la croissance commence à rendre impressionnant chercher la damoiselle et plus vite que ça. Pendant ce temps, je demande aux autres mômes d’allumer leur poste. Tout le monde s’exécute gentiment et avec empressement, c’est trop bien les vidéos en latin on va apprendre plein de truc aux autres et MONSIEEEEEEUR punissez-moi !

“Un problème, O. ?
– Monsieur, j’ai cassé l’ordinateur, je suis la plus méchante du monde, je mérite le fouet, je suis horriiiible !
– O., tu prêtes ton cahier à TOUS les élèves en retard, tu dis bonjour à absolument tout le monde, tu n’élèves jamais la voix. Et en plus de ça tu bosses.
– Oui mais j’ai cassééééé l’ordinateur !
– Non. Tu as légèrement tiré sur le fil du moniteur et ça l’a débranché.
– Ah oui, tiens.”

Pendant qu’O retrouve quelques couleurs, I. lève la main.

“Monsieur ? Le logiciel de montage n’est pas installé sur cet ordinateur.”

Damnation. J’ai oublié que l’installation des logiciels à Ylisse est très aléatoire. Je demande donc aux chiards d’allumer TOUS les ordis histoire de mettre toutes les chances de notre côté. Pendant ce temps, A. arrive, l’air guilleret. Je commence à copieusement l’engueuler. Et à faire montre de l’un des symptômes rigolos de ma fatigue : quand je suis crevé, je remplace des mots de ma phrases par d’autres termes totalement aléatoires. Je lui assène donc qu’il est “aléatoire” qu’elle rate ainsi le début du cours. Un grand silence gêné suit cette déclaration.

“Monsieur ?
– Ouiiiiii I. ?
– En fait, je crois que, dans cette salle, le logiciel n’est installé sur AUCUN des ordis.
– Booooon…
– Mais c’est pas grave hein. Je connais un forum de hackeurs où je pourrais télécharger un programme libre nettement plus performant et…”

Tout en me bouchant les oreilles et en hurlant “Hadopiiii !” je fais signe aux mômes de ranger leurs affaires et de déménager illico presto dans la salle d’en face, que l’agente d’entretien vient de finir de nettoyer. Ignorant son regard assassin, je réinstalle mes ouailles et reprend les opérations. Sur 15 ordis, 8 ont le logiciel installé. Je profite du nouveau délai pour expliquer le concept de la roulette russe aux élèves.

Je jette un coup d’œil à ma montre, il reste très exactement 35 minutes de cours.

Et en 35 minutes, les mômes finissent leur montage, commencent l’enregistrement du son sur leur vidéo et en profite pour aller chercher les origines de la roulette russe sur internet.

Cette heure du vendredi, de 16 à 17, est toujours de trop. Je n’y renoncerais pour rien au monde.

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