Jeudi 31 mars

La rame est au-delà du bondé. J’ai littéralement le nez dans les cheveux de ma voisine de métro. Ils sentent le shampoing aux plantes, même si je fais de mon mieux pour ne pas trop respirer, ça me semble le comble de l’impolitesse.

Il y a des rires et des chants. Un porte-voix se met à claironner, tout le monde hurle et, pour couvrir le bruit, entonne – très faux – l’Internationale. À ma gauche, ils viennent de l’usine Peugeot d’Aulnay, je crois. Ils discutent ferme. Sondent leurs voisins.

“Et toi ? Tu fais quoi ?
– Je suis prof.
– Ah ben bravo !”

Elle a les cheveux roux furieux. Le regard sévère.

“T’es content ? D’envoyer des mômes dans un monde pareil ?
– C’est pour ça que je vais manifester.
– Ça suffit pas ! Vous comprenez pas, les profs ! Vous comprenez rien !”

Je la fixe, idiot, sans rien comprendre. L’Internationale résonne dans mes tympans, résonne très loin.

“Si les profs avaient fait leur boulot, j’aurais pas été chez Peugeot. On est plein de collègues, comme ça !”

Ah. Pigé.

“Vous savez l’orientation, c’est compliqué…
– Bah !”

Les portes s’ouvrent sur Place d’Italie, le Terminus. La rame se déleste de son fardeau humain. Je perds du regard les cheveux roux.

Je suis seul dans la foule, et je me dis que, si un jour, j’intègre cet étrange congrégation des professeurs formateurs, je demanderai aux nouveaux enseignants de répondre à ces deux questions pour commencer : “À votre avis, en quoi consiste notre boulot ? Qu’attend-on de nous ?”

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