Samedi 10 septembre

Je corrige les évaluations de début d’année de 6ème. Et je me sens violemment pâlir. Même si je sais que j’enseigne dans un bahut où l’hétérogénéité est de mise, on attend là des sommets délirants. K. a buté sur absolument tous les mots pendant sa lecture orale et a répondu aux questions en recopiant des bouts de phrases par ci par là, tandis que I. a demandé une feuille supplémentaire pour terminer son travail d’écriture que j’oublie d’annoter, pris par le plaisir de ma lecture.

Depuis que je suis arrivé à Ylisse, le terme de différenciation nous est régulièrement asséné. Il faut pouvoir donner de quoi faire à chacun. Et cette année plus que jamais. Du coup, beaucoup de collègues ont l’impression de passer leur temps à courir d’un môme à l’autre, les écarts se creusant bien souvent en cours d’année. Ce qui donne souvent des enseignants épuisés et des mômes frustrés de n’avoir le droit qu’à quelques minutes d’attention. 

Je me demande souvent si une solution idéale existe. La notion de “groupes de besoins” n’a jamais été aussi présente cette année. Elle consiste à faire travailler les mômes selon les compétences qui leur manquent. Se boucher les oreilles en hurlant que ça n’a rien à voir avec les groupes de niveaux, honnis par l’Éducation Nationale est d’une hypocrisie sans nom, la plupart des élèves très à l’aise dans une compétence s’en sortant en général plutôt bien dans les autres. J’ai très rarement vu un élève doté de solides capacités rédactionnelles incapable de comprendre un texte. Faire bosser les élèves sur leurs faiblesses est primordial, mais risque souvent de les enfermer dans tes tâches répétitives.

D’un autre côté, je tremble à l’idée d’aborder le prologue des Confessions avec mes Daleks de 3ème : au quatrième mot, certains seront déjà en train de vouloir monter sur la table tandis que d’autres s’imagineront eux aussi en train de brandir l’histoire de leur oeuvre à la gueule d’une divinité quelconque.

À vrai dire chacun fait comme il peut. Mais réussir à réduire durablement les écarts de connaissances et de compétences entre les élèves reste un idéal que très peu de groupes d’élèves atteignent. Cette année, donc, encore tenter. 

Y a du boulot.

Laisser un commentaire