
Je corrige le premier contrôle “sérieux” de mes élèves de troisième. Un de ceux qui exigeait de la réflexion, du temps, et surtout, une absence de découragement face à l’effort.
Pas évident.
Mais pendant que ma caboche émet d’intéressants sifflements, je repense à A., venu me rendre visite, lui aussi, pour me parler du début de son année de Seconde. A., bordélique ascendant foutraque, dont j’aurais parfois souhaité clore la bouche à grand renfort de scotch vert et d’enduit.
A. qui est venu assister hier à un cours de latin durant lequel il n’a pas pipé mot. A. qui a parlé avec moi en choisissant prudemment ses mots, et qui a eu l’air presque surpris que je le lui fasse remarquer.
“Le lycée vous fait du bien, A.
– Vous croyez ?
– Non… (je réfléchis un instant, il me regarde avec patience). Quitter le collège vous a fait du bien.
– Pourtant je m’y plais… Oui. Oui, vous avez raison au fond.”
Catherine Louis, ma formatrice IUFM (ce sont les versions antiques de l’ESPE, pour les pas encore vieux), nous avait un jour expliqué qu’il fallait faire le deuil, en devenant prof de collège, de voir la différence que nous pourrions éventuellement faire sur nos élèves. Que ça, c’était plutôt une satisfaction de prof des écoles.
Possible.
Mais au collège, on passe notre temps à faire des paris sur l’avenir. À tenter de rendre cet endroit plus exigeant, plus doux, plus structurant. Et, en troisième, à propulser de toutes nos forces ces mômes en espérant qu’ils auront gagné toute l’impulsion possible pendant ces quatre ans.
Petit jeu, Dédale et Icare.