
Parmi les 3èmes Dalek, il y a R. et S.
Deux mômes que, malgré tous mes efforts, je ne parviens pas à considérer avec impartialité.
Non.
Je n’ai à vrai dire pas envie de les considérer avec impartialité.
R. et S. sont les deux élèves qui ont contribué à rendre mon expérience en 5ème il y a deux ans relativement – ahumphémisme – compliquée pour ma tension artérielle. R. et S. vivent très clairement dans leur bulle. Ce qui ne leur est pas propre. Nombre d’ados s’enferment dans leur monde et leurs représentations. La communication peut se nouer. Mais pas avec ces deux-là. Le collège est clairement un endroit dont ils n’ont pas saisi le moindre intérêt et les adultes qui l’occupent considérés au mieux avec indifférence, au pire avec une hostilité à peine masquée.
Toute tentative de communication avec ces Daleks s’est soldé par un échec cuisant : regards qui fuient, marmonnements, refus de faire quoi que ce soit de plus que le minimum exigé. Inclure d’autres instances dans l’équation – CPE, parents, collègues – a toujours été pris comme une agression. À tel point qu’il y a deux ans, S. se baladait purement et simplement dans ma salle en beuglant que je voulais sa mort, d’abord.
Mon objectif cette année a tout d’abord été de me racheter une crédibilité en leur montrant que ouais, après deux ans à Ylisse, les choses fonctionnent un peu différemment. Et sur ce point-là, j’ai réussi. Mais rien de plus. Nous nous observons tous les trois avec une antipathie larvée. S. et R. sont mes échecs. Non pas parce que je n’arrive pas à les inclure dans des activités, à partager quoi que ce soit avec eux. Mais tout simplement parce que je suis dans l’impossibilité de faire le moindre effort supplémentaire les concernant. Puissent-ils se laisser porter et la boucler. C’est tout ce que je demande.
Pas glorieux.
Et puis l’autre jour, en salle des profs.
“Tu sais que R. et S. ne partent pas en Espagne, pour le voyage scolaire ?
– Génial… On sait pourquoi ?
– Apparemment, ils ont tous les deux peur d’aller en famille d’accueil.”
Pour la première fois en pensant aux deux mômes, terrorisés à l’idée de se retrouver loin de chez eux, dans un pays dont ils ne maîtrise pas la langue, je rigole avec une fraction d’attendrissement.
C’est infiniment plus qu’en deux ans.
Voyons voir…