Lundi 30 janvier

Je fais souvent des listes. Quand je marche et que j’ai oublié mon téléphone – souvent – et que du coup, je n’ai rien à écouter. Les derniers bouquins que j’ai lu, tous les James Bond dans l’ordre, les personnages de Suikoden (108 en tout).

Aujourd’hui, je m’amuse à faire le bilan. À regarder mon costume de prof. Et à me dire que plus que les formations, plus que les lectures, plus que “l’expérience”, ce sont mes collègues, qui m’ont apporté un morceau du patchwork. Depuis le début :

– À commencer par L., ma tutrice, qui m’a fait comprendre que ce boulot-là, c’était mettre des limites. Celles dans lesquelles on est à l’aise. Celles qui font qu’on peut bosser avec les mômes. Ne pas tout leur ouvrir, tout leur refuser. Avec L., apprendre à estimer ses forces.

– A-C., qui m’a appris à ne pas toujours me justifier devant les mômes. Qui m’a appris que la remise en question doit toujours advenir, mais au bon moment. Que devant les chiards, être stable, c’est le point de départ.

– J-M., qui m’a tout simplement renvoyé l’image de l’enseignant que j’aimerais être. Disponible, cultivé, attentif, et toujours en contrôle de son cours, quelle que soit la forme qu’il prenait. J-M, un modèle absolu.

– J., dont l’exigence reste un idéal qui me guide. Dont le respect envers le savoir qu’elle transmet est immense, et me rappelle à quel point je dois soigner mes préparations autant que mon rapport aux élèves. Que la curiosité se cultive avec soin, et qu’enseigner, c’est aussi prendre le temps de présenter aux élèves un monde que l’on entretient.

– J², qui m’a rappelé que quand tout le reste déconne, quand les élèves sont horribles, les cours nuls, les paquets de copie gigantesque, il reste la vie privée. Les bouquins, les amis. La culture. Et c’est énorme.

– F., qui m’a donné envie de vouvoyer les élèves. Parce que ça met une distance qui déstabilise : parce que ça fait réfléchir au langage, et à la douceur de la politesse. Parce que ça montre qu’il n’y a rien d’hostile à ce pronom, bien au contraire.

– Monsieur Vivi, bien sûr, parce qu’il appelle ses élèves “les enfants”. Et que cet élément de langage est immensément important : oui, ils sont des enfants, avec tout ce que ça implique. Et que l’oublier est un risque, pour eux comme pour nous.

– Et T., pour finir, qui m’a enfin fait comprendre l’éthique du métier, dans lequel je trainais un peu au hasard : T. qui prendra toujours le temps de régler un problème entre élèves, qui ne baissera jamais les exigences de son cours, qui fera le petit effort supplémentaire pour que son entourage professionnel se porte bien. Parce que ce boulot mérite d’être bien fait. Vraiment. 

Je fais la liste des fragments de mon costume d’Arlequin. Et je le reconnais sans la moindre réserve : j’ai eu les meilleurs des tailleurs.

Laisser un commentaire