
Dernière partie du stage de chant et danse qui m’avait permis de me prendre pour l’un des élèves de Glee (celui que tu détestes le plus), pendant quelques jours.
Nous arrivons avec Monsieur Vivi après avoir affronté à peu près tous les obstacles qu’un usagers moyens de la RATP peut rencontrer : RER supprimés, écrans de signalisation en panne, RER en retard, usagers qui, de dépit, en sont à deux doigts de te mordre et obligation de REPASSER par le collège pour récupérer un bus qui nous dépose devant le conservatoire où se déroule le fameux stage. Le crochet par le bahut permet d’ailleurs aux élèves de m’admirer en pantalon de jogging ; j’ignore à l’heure qu’il est si ma réputation d’esthète au goût très sûr s’en relèvera.
Monsieur Vivi contemple le bâtiment d’un air envieux : “Il est quand même chouette ce conservatoire”, confie-t-il. Tu imagines si on avait le même à Ylisse ? Avec des pièces insonorisées, et la petite bibliothèque où les mômes peuvent faire leurs devoirs en attendant leurs cours.
À Ylisse, le conservatoires où les sections CHAM vont faire de la musique se trouve dans une école désaffectée, au beau milieu d’un quartier adoubé par les médias comme “le quartier dont on parle quand on veut bien vous faire comprendre que la France a peur.” Le son des batteries résonne contre les vitres et, parfois, Monsieur Vivi entend plus le son de l’agent d’entretien en train de nettoyer le toit que l’orchestre qu’il dirige. Sans compter les instruments qui sont déplacés régulièrement et qu’on ne retrouve pas au même endroit.
Je peste :
“Comment veux-tu, du coup, qu’ils trouvent ça anormal ? Qu’ils soient exigeants ? Le modèle, le système de référence qu’on leur donne est médiocre. Et on voudrait qu’ils soient rigoureux ? Mais au nom de quoi ?”
Je suis absolument convaincu qu’une part essentielle du “problème des jeunes de banlieue” est là, que l’un des ferment de la discrimination sociale opère en ces lieux. Comme tout gamins, ceux d’Ylisse méritent, non, doivent être abreuvés de beauté, de rigueur, d’exigence, à parts égales. Et tant qu’on les cale, faute de moyen, où il y a de la place, tant qu’on leur file des restes du “tout ce qu’on a pu faire” – je hais le tout ce qu’on a pu faire – on court à la catastrophe.