
Je déambule dans les rangs des 3ème A(pocalypse) qui, fidèles à leur appellation, zbeulent gentiment pendant cette heure consacrée à leur orientation que leur très très courageuse prof principal ne désespère pas de rendre féconde et intéressante. Je m’arrête devant K. qui feuillette sa brochure de l’ONISEP avec la même expression qu’un koala qui aurait trouvé un pot de crème hydratante.
Estimant que les combats désespérés sont les plus beau, je m’installe à côté d’elle. Je n’ai pas encore compris si j’aime bien K., ou si j’ai envie de la jeter au beau milieu d’une réunion des Républicains. Elle arbore toujours un sourire type Colgate et parle d’une voix aux intonations à mi-chemin entre le discours de remerciements de Miss France et ma nièce de quatre ans qui lirait une blague Carambar.
“Alors K., vous savez ce que vous faites, l’année prochaine ?
– Bah, pro.
– Euh… Pro quoi ?
– Bah. Seconde PRO monsieur ! Vous connaissez pas ?
– Ben, vaguement, quand même, K. C’est pas comme si j’avais été prof principal de 3ème pendant trois ans. Mais quel secteur de pro ?
– Secteur ?
– Quel bac pro voulez-vous ?
– Y a plusieurs bacs pro ? Y a un bac, en pro ?”
Je perds quinze points de santé mentale, sombre dans la folie et respire un grand coup, ignorant les chenilles roses qui me volent désormais autour du crâne. Je tente d’expliquer à K., qui doit juste un tout petit peu se décider dans trois semaines, en quoi consiste l’orientation. En plein milieu de mes explications, elle soupire :
“Nan mais à quoi ça me servira tout ça ? Je veux être star !”
Ah.
“Star dans quel domaine ?
– Hein ?
– La chanson, le cinéma, le théâtre ?
– Mais NON, les stars des marques !
– Ah, mannequin ! (et là on admire ma maîtrise du K.-français, français-K.)
– Voilà ! Une marque elle me repère, elle me prend en photo et elle me donne de l’argent.
– Je connais un peu le principe oui. Mais pour ça, il vous faut un book, et ça coûte cher à créer. Pour ça, il vous faudrait un métier.
– Ah ouaaaais ! Eh ben euh… Je sais pas. J’y penserai quand je serai grande !
– Mais… K. C’est maintenant qu’il faut y penser, ça va vous arriver à la fin du mois de juin !”
K. me regarde, les yeux un peu moins ronds que d’habitude. Elle ne sourit plus trop trop.
“Mais genre… euh… je suis trop jeune pour décider ça !”
Ben oui K., sans doute. Mais t’as pas le choix. Je l’abandonne, après lui avoir proposé quelques bacs pro qui ont l’air “un peu moins moches” que les autres.
La gorge un tout petit peu nouée.