
8h-23h30. J’ai rarement passé autant de temps avec des mômes et des collègues. Une vie professionnelle et un peu plus.
Jeudi 18 mai, c’est le spectacle de fin d’année des 3èmes atelier théâtre, et des 6èmes et 5èmes Glee. Le matin, avec Monsieur Vivi, nous sautons dans la Kangoo du collège, que nous avons bourré d’instruments, de câbles et d’éclairage. On sert la main aux techniciens de la grande salle où nous jouerons le soir, on installe, on bidouille.
Nous sommes il y a dix ans, je suis à nouveau intermittent du spectacle.
L’après-midi, une caravane de mômes parcourt Yisse pendant trente minutes, leurs instruments sur le dos. Je porte ceux des mômes qui sont “vraiment vraiment” fatigués. Je me retrouve plus chargé que le dossier “Donald Trump craint-il gravement ?”
Nous sommes il y a neuf ans, j’apprends à m’occuper de gamins.
Répétitions, filage technique, les mômes sont en état d’ébullition, entre leurs essais voix, leurs costumes (”Monsieeeeeeur, nous aussi on veut des costumes d’indieeeeens ! Monsieeeeeur, j’ai perdu mon cintre !” “Monsieur c’est la grosse catastrophe mon tuba il est bouché !”)
Nous sommes aujourd’hui, je suis prof.
Le soir. Ils sont entassés dans les coulisses. Le stress, l’excitation, les petits élèves se lancent enfin sur le grand plateau. Ils ont peur et c’est très bien comme ça, ils ont envie que ce spectacle ressemble à quelque chose. Et c’est le cas. Quelque chose de très imparfait, de très modeste sans doute – je ne peux plus m’en rendre compte, toute mon objectivité à été annihilée – mais de très pur et de très brillant. Plein de bonheur.
Nous sommes le soir, je suis chef de choeur, je m’appelle Will Schuester ou pas loin.
Après le spectacle. Tout le monde est là. Monsieur Vivi, T., I., M. aussi, qui est venu de Lille juste pour voir les mômes chanter. J’ai comme après chaque spectacle un grand vide dans la poitrine et une furieuse envie d’être désagréable. Ça m’arrive systématiquement. Mais ce soir, ce néant furieux est rempli des sourires des mômes, et des voix d’adultes que j’aime.
Nous sommes la nuit. Et je suis moi, à peu près.