
Dans le couloir, une silhouette familière se tourne vers moi :
“Bonjour Monsieur !”
En cette fin d’année L., une ancienne troisième, est venue rendre visite à ses profs de collège. L. m’a particulièrement ému quand j’étais son prof : cette gamine trilingue, passionnée par les langues étrangères – et pas rétive au français – dont le papa souhaitait absolument qu’elle devienne pharmacienne. J’ai reçu le papa en question, nous avons débattu. Rien à faire. Pour lui, les études littéraires, la traduction et le tourisme n’étaient qu’idées fumeuses. L. est donc partie au lycée avec pour perspective une 1ère S.
“Que devenez-vous L. ?
– J’espère entrer en 1ère L., l’année prochaine monsieur ! C’est juste que j’ai énormément de difficultés en commentaire composé !”
L. m’explique, avec force détails, ce qui lui pose des difficultés dans l’exercice en question. Pendant qu’elle parle, je constate à quel point son vocabulaire s’est déployé. La jeune fille emploie désormais des termes précis, riches de sens, et semble avoir banni les “trucs” et autres “baye” de son langage. Et, comme beaucoup de lycéens, quelque chose est arrivée dans sa posture. Ça se passe au niveau de la colonne vertébrale. Comme si l’extrémité supérieure de celle-ci s’était redressée, créant un port de tête.
L. entrant en littéraire. Je n’y aurais pas cru. Et j’ignore si les multiples entretiens avec sa famille ont pu jouer, de façon infime, dans son orientation. Mais le doute existe. Peut-être, juste peut-être, ce travail de professeur principal peut-il avoir une influence. Peut-être ne refermons-nous pas nos poings sur du vent.
Le week-end s’ouvre sur un grand vent de liberté.