Lundi 22 mai

Aujourd’hui, conseil de classe. Tout le monde serre un peu les dents (pour ne pas dire autre chose) : car c’est la première fois que l’on évalue les compétences du LSU, ou “Livret Scolaire Unique” en 3ème.

Pour ceux qui ne sont pas du sérail, le principe est simple, si l’on aime avoir mal à la tête très fort. Si vous voulez en connaître toutes les arcanes, je vous dirige vers ce site. Pour faire simple, ce Livret, qui accompagne désormais les élèves durant la majeure partie de leur scolarité obligatoire est censé rendre compte de leurs progrès sur le long terme. On en fait le bilan final en classe de troisième. Mais comme il vient à peine de sortir, eh bien le bilan final des classes de troisième de cette année est effectué au bout d’un an. Oui oui, tu entends bien la logique en train de se suicider au loin.

“Je critique parce que l’année prochaine, je ne pourrai plus le faire” rigole à mi-voix I., la prof principale des 3èmes Dalek qui a eu son concours de Chef d’Établissement, “mais on va passer deux heures à coller des gommettes”. 

Dans les faits, c’est ce qui arrive. Le Livret est divisé en différentes compétences dont on détermine si elles sont acquises de façon “Insuffisante”, “fragile”, “satisfaisante” ou “très bonne”. Sachant que chacune de ses compétences fournit désormais des points pour le brevet en fonction de ce degré d’acquisition.

Normalement, ledit degré d’acquisition est déterminé au fil des années par différents enseignants. Même si cette méthode est sujette à caution, elle a ses mérites. Parce qu’ici, dans les faits, ça devient vite un grand bingo.

“R. Compétence s’exprimer en langue étrangère.
– Satisfaisant.
– Ça va à tout le monde. Suivant ?
– A.
– Fragile ?
– T’es sûre ?
– Bon, moi je suis la majorité. 
– Allez, disons fragile alors !”

Pendant une pause (mine de rien, ce conseil dure plus de deux heures), Monsieur Vivi peste “je parie que si tu place sur un schéma les acquisitions des élèves, tu te retrouves avec une belle courbe de Gauss, exactement comme avec les moyennes !”

Et il n’a pas tort. La suppression progressive des notes laisse place à un système qui a tous les vices de l’ancien et de nouvelles vertus indéniables mais encore flageolantes. Rien de plus, rien de moins.

Souvent je me pense à croire que la vraie évaluation, ce serait de se retrouver avec le môme, tous les trimestres, ses profs et ses parents, pour regarder, calmement et à tête reposée, ses cahiers, ses évaluations, notées ou non, et son carnet de correspondance. Peut-être qu’alors on aurait une vision précise de ce que fait le môme. Et peut-être aussi se rendrait-on compte de la cruauté de certains calculs – auquel je souscris moi-même – du style “envoyons cette élève en seconde générale, puisqu’elle le veut, elle se rendra compte que ça ne lui plaît pas et partira en 1ère STMG.” (Merci pour la réputation de la STMG et le bien être de l’élève…)

L’évaluation a encore tout à faire et à expérimenter. Mais une chose est certaine, le LSU n’est pas l’outil qui permettra de mettre un visage sur ces mômes et leurs efforts quotidiens.

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