Lundi 29 mai

Le long week-end enchanté s’achève et, afin d’anticiper l’atterrissage, je saute dans mon costume de prof en me précipitant beaucoup trop tôt au collège. Retrouver les couloirs, qui surchauffent sous le soleil agressif d’Ylisse, retrouver les mômes et les préoccupations immédiates. Bouffer du bulletin et des compétences pour ne pas laisser de place aux regrets.

Dans du coton, j’entends que de nombreux collègues sont inspectés actuellement. Au mois de juin, à quelques dizaines de semaine d’un nouveau système d’évaluation de notre carrière. Il y a dans cette illogisme quelque chose de bizarrement réconfortant. Cela dit, je serai moyennement fier d’être inspecté en cette période de l’année avec les 3èmes Dalek.

Qui, de façon totalement prévisible ont relâché leurs efforts pour la majeure partie, depuis que les conseils de classe sont terminés. Heure laborieuse, entre les bavardages, l’envie de bosser sur un sujet et le souvenir que, hey, on n’est pas censé aimer ça. Sensation d’échec. Plutôt que de capitaliser sur leur fixation au sujet des notes, j’aurais dû essayer de trouver d’autres systèmes de motivation. Comme souvent dans le travail, j’ai sacrifié l’important à l’urgent. Je tente un timide débat sur la conscience que ne suit que le petit tiers de mômes pour lesquels je ne me fais pas de soucis. Et E. me déteste désormais officiellement. La fin de l’année s’annonce chaotique. En d’autres circonstances, le défi me stimulerait. Mais pour le moment, je me trouve quelque peu à cours d’idée. Il va falloir réfléchir, changer mon fusil d’épaule, échanger avec les mômes. 

En salle des profs, parler à T. me paraît relever de l’exploit. J’ai déjà du mal à admettre ma propre schizophrénie, alors imaginer en plus que le mec corrige des copies est celui dans l’ombre des notes duquel j’ai récité de la poésie cosmique… 

Durant l’heure de latin, N. et J. sont en heure de colle. Les 4èmes observent d’un oeil médusé ces deux loupiots de 6ème Glee qui lèvent la main pour répondre des énormités à un cours d’une langue qu’ils ne connaissent pas.

“J., N., vous êtes collés, là, vous n’êtes pas censés participer !
– Mais, on essaye de s’intéresser à votre cours, Monsieur !”

J’hésite entre écraser une larme devant tant d’enthousiasme et m’inquiéter devant les petits soldats que deviennent les Glee. Enfin, nulle doute qu’une solide poussée d’adolescence viendra probablement remuer tout ça. 

Sortie des cours. Mômes criant, furieux de je ne sais quoi sous le soleil fou. Ylisse à l’approche de l’été, voit mon pouvoir diminuer.

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