
Il est 8h30, et je suis en train de pousser un piano électrique dans le minuscule ascenseur du collège pour le charger dans un utilitaire.
C’est qu’aujourd’hui les 6èmes Glee rejoignent les CM1 Glee (oui, ils existent aussi, bienvenue à eux sur le blog), pour un spectacle. De 9h à 11h. Ensuite ils enchaîneront sur la suite de leur journée de cours.
“Je sais pas comment tu fais” confie-je à Monsieur Vivi en tirant l’instrument à m’en exploser le dos “pour diriger un concert le matin et faire cours l’après-midi.
– Il suffit de se dire que c’est l’un des éléments pour arriver au 100% de tâches accomplies de ta journée.
– Tu arrives souvent à 100% ?
– Non, 75 la plupart du temps, grimace-t-il avec un sourire.”
Les 6e Glee n’ont pas bien compris l’horaire. Scène croquignole où je me retrouve à galoper sur le chemin du centre culturel avec le petit groupe de ceux qui sont déjà arrivés, tandis que les mômes lancent Snapchat pour contacter les retardataires, qui viennent grossir notre caravane toute pétée. J’ai dû enfreindre quinze législations sur les sorties des mômes et l’utilisation des téléphones portables quand j’arrive, bon dernier sous l’oeil goguenard des autres classes qui participent au spectacle.
Spectacle qui se passe plutôt bien, si l’on excepte les crises de divas des 6èmes qui veulent plus de temps pour répéter, n’apprécient pas l’exiguïté de la scène ou le placement des micros.
Je me mets en colère très sereinement. il est totalement normal que cette phase apparaisse, avec tout ce qu’ils ont vécus ces dernières semaines. Les sortir de leur égocentrisme est un apprentissage comme un autre.
Au retour, le piano s’affaisse. Ses roulettes étaient vissées sur des plaques en agglomérée sûrement pas faites pour le porter plus de cinq mètres. Ah, et l’ascenseur coince, avec le foutu piano dedans aussi. Je suis obligé de quitter Monsieur Vivi qui fulmine pour aller donner cours de latin, où j’évoque des athlète tous nus et enduits de sauce salade. Grand succès. Je me dis que c’est absurde, d’expliquer la différence entre le to et le theta alors qu’il y a quelques heures, je suais dans des coulisses à dire à J. d’arrêter de frapper S. et que je le vois, le petit sacripan.
Fin de journée achevée par un conseil de classe. Les nouveaux domaines de connaissance sont évalués dans le brouillard des fins d’année, les orientations décidées par défaut, plus souvent que par choix.
J’essaye de me rassurer en me disant qu’on ne décide pas du destin des mômes à tout jamais, on leur indique juste une voie à suivre, voie d’où ils auront le pouvoir de dévier si elle ne leur plaît pas.
Je quitte le bahut. J’ai du faire 45% de ce que j’avais à faire.