Lundi 19 juin

Journée en sinusoïdes.

C’est toujours comme ça quand je suis fatigué. Je n’arrive jamais à l’expliquer à mon entourage, mais les deux dernières semaines devant élèves me voient invariablement me changer en une créature tourmentée et insupportable, genre adolescent en pleine crise qui jure qu’un jour il partira très très loin et que tout le monde sera très très triste d’abord parce que personne ne le comprend. 

Jubilation lorsque je parviens, pour la dernière heure de latin, à ne pas céder au tryptique film / goûter / jeu, et à faire un cours apprécié sur la corruption de la République Romaine.

Abysses lorsque je me fais consciencieusement bordéliser par S. et E., qui me détestent toujours autant, et sur qui je n’ai plus aucun moyen de pression. J’hésite à les virer puis me dis que la vie scolaire aussi doit en avoir ras-le-bol. Que j’ai ma fierté. En attendant, quelques élèves consciencieux en pâtissent.

Sommets lorsque je termine mon dernier conseil de classe, celui des 6ème Glee. L’année s’est passée comme je l’avais craint et espérer. Totalement excessive et exceptionnelle. Et surtout emplie de belles petites personnes.

Creux quand je me rends compte que je n’arrive plus à comprendre si j’exaspère mes collègues ou si je suis juste totalement en train de me prendre pour le centre du monde et que non, ce n’est pas parce qu’on ne te répond pas ou d’un air maussade que tu es un fautif / que tu as commis un horrible impair / que tu es l’incarnation vivante de Nyarlathotep. 

“Je suis en train de lâcher prise.” dit sereinement Monsieur Vivi pendant qu’on sort du collège. Pointe de jalousie. J’aimerais bien, moi aussi, être en train de lâcher prise. Arrêter de croire que ce que je fais est absolument essentiel, que si je ne fais pas de ces dernières semaines des chefs d’oeuvres de la pédagogie, je suis bon pour le septième cercle de l’Enfer, et mes élèves finiront tous à la rue ou candidats de téléréalité.

Juste se dire qu’on a tous fait au mieux.

Lâcher. 

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