
Refelemele de la veille aujourd’hui : nouvelle journée d’intégration, cette fois-ci pour les sixièmes et les troisièmes. Mais avant les agapes au lac, j’effectue ma première heure auprès de la 3ème Tardis, ainsi nommée parce qu’elle renferme tout un tas de mômes que j’ai déjà croisé à différentes périodes temporelles de ma carrière dans le collège.
Par rapport à la 3ème Max, c’est une classe dans laquelle je me reconnais bien plus. Comme il y a des vêtements plus ou moins à votre taille, il existe des groupes d’élèves qui vous correspondront plus ou moins. Sur le papier, la 3ème Tardis me correspond : des mômes aux profils très hétérogènes, plutôt curieux, et surtout, un noyau de filles au fort caractère, avec qui j’ai déjà construit de bonnes relations, que ce soit en leur enseignant le français ou le latin. Elles se montrent déjà garantes du calme de la petite cohorte, faisant preuve à l’égard des quelques bavards de bien plus de répartie que je n’en suis capable (l’escalier de mon esprit est celui d’Escher).
L’heure de présentation commence plutôt bien et si je continue à me montrer prudent, je me dis qu’il y a moyen de passer de bons moments avec ces mômes.
La météo nous contraint à annuler le pique-nique en plein air, même si Cheffe Adjointe nous affirme que nous irons quand même nous livrer là-bas aux multiples activités prévues.
“Mais il pleut, quand même.
– Non mais il ne pleuvra plus.
– Vous croyez ?
– Écoutez nous avons tout préparé, il va forcément s’arrêter de pleuvoir.”
Impossible de la convaincre que les aléas climatiques se tamponnent un peu des sessions de travail du collège Ylisse. En attendant, nous déballons nos victuailles dans la salle polyvalente. J’en profite pour bavarder avec Annabelle, qu’une personne surnomme – fort à propos – “la meilleure d’entre nous”. Annabelle, professeur de primaire exerçant au collège, intervenant dans les classes de sixièmes, avec des projets toujours efficaces, toujours simples, toujours exigeants. Cette année, nous ne travaillerons que peu ensemble, mais l’évocation de ses idées me rempli de peps.
Peps dont nous aurons besoin pour acheminer notre petite colonne dans le dédale d’Ylisse. Nouveau miracle, les groupes composites de sixième et de troisième que j’ai en charge s’entendent parfaitement bien. Il faut dire qu’ils sont composés pour moitié des effectifs de la troisième Max qui semblent adorer l’état d’esprit des sixièmes. J’ignore s’il y a lieu de s’en réjouir ou de s’en affoler.
Au retour, Luke me parle. Avec son physique de grand blond aux yeux bleus, il détonne pas mal à Ylisse. Luke, gamin sympa et plutôt performant en cinquième, quand j’étais son prof, redouble sa troisième.
“Pour quelle raison redoublez-vous monsieur ?
– J’attendais d’arrêter l’école à 16 ans pour faire un apprentissage. Mais en fait je compte faire une 1ère S maintenant, pour être vétérinaire.”
Je me frotte les yeux devant ce plan d’orientation aberrant que Luke m’énonce avec le plus grand sérieux. Pourtant, dieu sait si les profs principaux de 3ème font un boulot de dingue concernant les parcours possibles après le collège. Luke n’est pas idiot, comment a-t-il pu faire une telle salade de son avenir ? Je m’apprête à lui expliquer qu’il se fourvoie totalement, qu’il va falloir prendre rendez-vous avec la conseillère d’orientation que…
“Monsieur. Vous aimez toujours nous faire écrire des rédactions ?
– J’en ai peur…
– Trop bien. Vous vous rappelez du journal de voyage qu’on avait écrit en 5ème ? Je le relis, de temps en temps.”
…
RER. T., les yeux brillants de fatigue. Monsieur Vivi, qui me parle de la grande valeur du temps depuis qu’il habite au Pays d’Oz.
Maintenant que nous sommes rentrer dans l’épuisement quotidien, commencer à faire cours.