Mardi 3 octobre

Aujourd’hui, les cinquièmes Arkham sont transportés par la magie de L. Frank Baum dans un champ du Kansas.

Que je crois.

“Aloooors les enfants, qu’est-ce que vous avez compris de quoi parle le texte ?
– …
– Bon. Où sommes-nous ?
– Dans… Dans une maison ?
– Ouiiiii. Où exactement ?
– Euh. Ah ouais, Dorothée.
– Non, Jowy, Dorothée ce n’est pas un lieu, enfin !
– C’est quoi Dorothée, monsieur ?
– Ben c’est un… Un nom !
– Genre le nom du héros.
– De l’héroïne, enfin, c’est un nom de fille !
– Wesh, le prof il parle de drogue !”

J’ai beau avoir l’habitude, ils sont aujourd’hui particulièrement en forme. Au cours de l’heure, je dois donc expliquer que Dorothée n’est pas une seringue, que l’histoire se passe aux Etats-Unis qui NON ne se trouvent pas à côté de l’Italie, que nous sommes au début du XXe siècle (”On est à quel siècle nous ? Le douzième non ?”) et qu’une tornade va s’abattre sur l’héroïne (”LA JEUNE FILLE !” “On a compris m’sieur, faut pas vous énerver !”), qu’une tornade, c’est une grande tempête.

Je rame comme pas possible. Et me dit qu’il n’y a rien d’étonnant à ce que nous ne parvenions pas à faire lire les mômes d’Ylisse. Rien ne va de soi. Qu’est-ce que c’est que cette merde où une seringue se balade en Italie avec un bébé (oui, parce qu’il aura fallu attendre le chapitre 4 pour que tout le monde comprenne qu’il s’agit d’un chien) ? 

Question d’images, d’imagerie, d’imaginaire. J’ignore ce qu’il manque aux chiards d’Ylisse, si c’est un problème de moyens, de culture, de transmission. Mais un constat s’impose : entre eux et moi, il y a un gouffre, nous ne partageons pas le même paysage mental. Et mes livres, mes héroïnes, mes mondes magiques leur seront aussi utiles qu’une hallebarde dans le désert. 

Je déplore souvent que dans ce bahut, nous valsions de salle en salle. Je n’ai jamais réussi à exprimer la vraie raison, parce que personne ne la prendrait au sérieux. Afficher des photos, des paysages, des visages. Pour ouvrir dans l’esprit des mômes l’univers de référence, celui qui nous permettra de nous rejoindre dans les pages de bouquins. Celui qu’ils pourront à leur tour occuper et transformer. 

En attendant, comment leur en pousser les portes ?

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