
Je me galère à faire tenir des copies de brevet sur la tablette du TGV, plus conçue pour soutenir une mini-bouteille d’eau et un téléphone portable.
Le devoir que je corrige est plus lourd d’un regard. Je relève la tête et croise les yeux de ma voisine. Elle doit avoir une quinzaine d’années :
“Vous êtes prof de français ?
– Oui… ou alors je suis le voleur le plus courtois du monde.– Pourquoi les profs corrigent toujours dans les trains ou les métros ?
– Pour gagner du temps, je suppose.
– Mais vous avez pas l’impression de toujours trimballer vos élèves avec vous ? Je demande, parce que je veux être prof, aussi.”
Je baisse un tout petit peu les paupières. Et ils sont tous là, du premier au dernier, jusqu’au bout de leurs intonations. Tous les mômes.
“On apprend à bâtir des murs. C’est essentiel.
– Commet vous faites ?
– Tout le monde a ses stratégies. Moi, j’écris sur ce que je vis au travail. Ça permet de cristalliser les tonnes d’expériences que l’on vit chaque jour.
– Et ça fonctionne ?”
La plupart du temps.