Samedi 3 février

Vendredi midi. Je vais voir les cinquièmes Glee en cours de chant. Tous en chaussettes sur le lino gris de la salle polyvalente.

Monsieur Vivi est en train de les faire travailler sur une chorégraphie qu’ils utiliseront (ou pas) à la fin de l’année. Comme toujours, je m’émerveille de l’espace de liberté parfaitement contrôle qu’il leur offre.

C’est durant cette heure qu’ils sortent de leur peau d’enfant “qu’ils mettent leur peau d’artiste”, pour reprendre ce qui est devenu une expression consacrée. Ils sortent de la maladresse du corps d’adolescent. Se coordonnent pour tenter les mêmes mouvements, abandonnent une honte encombrante pour occuper l’espace. 

Fin de la recherche, il est tant de chanter. Je me place avec eux, en essayant de ne pas oublier les paroles – je le leur ai données en autodictée, ça craint si je n’arrive pas moi-même à m’en rappeler – et, immédiatement, Benvolio et Arès viennent se placer de part et d’autre de leur prof de français, pour chanter à pleins poumons. Justesse approximative, conviction maximale.

Je me demande souvent ce qui se joue, dans la pénombre hebdomadaire de la salle polyvalente. Quelque chose d’important, d’essentiel. Qu’il serait facile, séduisant, de vouloir adapter à chaque cours. Faisons-les créer, danser, chanter à chaque cours.

Ce serait le piège. La raison pour laquelle ce projet un peu fou fonctionne est parce que, justement, nous nous astreignons à donner à ces mômes liberté et contraintes, autonomie et académisme. Une enviable intersection.

Et dans une heure, nous travaillerons sur le lexique de la chevalerie, et ce sera tout aussi essentiel, pour leur corps et leur tête.

Ils ont besoin de tout. Comme tous les autres élèves.

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