Vendredi 2 février

C’est le doux bordel dans la troisième Tardis. Pendant que je les invite à commenter une lettre très noire d’ “Inconnu à cette adresse” (eux ne l’ont commencé qu’il y a trois jours), j’aperçois Kazim dessiner dans son agenda, Sonya et Lorelei discuter très discrètement – c’est à dire en plaçant ostensiblement la main devant la bouche – et Cléo utiliser une perforeuse tout autour de sa feuille de classeur. Les trous ont une forme de cœur.

Je signale que je ne suis pas dupe.

“Sans rire, Cléo. Ce cours, c’est Martin qui bascule dans l’endoctrinement nazi. Les cœurs, c’est moyen pertinent. Ach ch’aime les bétites moustaches keur keur ?”

Éclat de rire général dans la classe. En temps normal, je vivrais très mal ce cours, où l’attention est plus que flottante. C’est une histoire de tension, entre la concentration et ce que je veux leur transmettre. À 15h un vendredi, je ne peux guère espérer mieux. Si je les lance dans le travail de recherches créatif que j’ai en tête, je les connais, ils feront salon. Si je prends des carnets, ils protesteront bruyamment. Dans l’état actuel des choses, tolérer ce bruit de fond est ce qui leur permettra de repartir chez eux en ayant appris le maximum de chose. Je me dis que c’est aussi ça l’expérience, réussir à définir intuitivement ce que l’on peut espérer des mômes.

Le cours suivant, les cinquièmes Glee papotent. Je fais les gros yeux, plus un mot. On peut étudier les parallèles entre le roman de chevalerie et le spectacle de cette année, ainsi que le concept d’anti-héros.

Tout en tension.

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