Jeudi 15 mars

Sortie au CDI avec les troisièmes Tardis. Ne reculant devant rien, j’ai décidé de leur mettre un bouquin entre les mains.

Entendons-nous bien. La lecture cursive (lecture à la maison) est une compétence que les mômes se doivent de maîtriser. Cependant, un rapide sondage m’apprend que, pour la majorité des môme, le dernier livre complet qu’ils ont lu ailleurs qu’en classe avec un prof qui leur rabache à longueur de cahier de texte qu’ils doivent avoir LU jusqu’à la page 120 avant vendredi remonte à plus d’un an.

Les gamins d’Ylisse ont un rapport conflictuel à la lecture. J’envie un peu C. ou G. qui, en 6ème et en 4ème, prennent le temps de faire lire leurs élèves en cours. Hélas, le programme de troisième étant à peu près aussi consistant que mon célèbre sandwich au pain, je ne me vois pas investir ce temps là pendant les heures ou nous sommes ensembles. Et surtout, il est essentiel qu’ils manipulent ces étranges artefacts sans un prof pour leur tenir la main.

Nous nous retrouvons donc au CDI ou A., la dame du… *évite une chaise* la documentaliste a préparé une sélection de bouquins de SF. Et commence les habituelles antiennes.

“Il faudra LIRE ?”

“C’est lequel le plus court ?”

“Y a des images ?”

“Ah j’prends grave celui-là, j’ai vu le film, pas besoin de le lire !”

Les mêmes remarques, depuis l’entrée en 6ème. Avec A., nous passons entre les rangs, tentant de les guider, de leur faire faire des choix éclairés. D’autant plus que j’ai autorisé à ce qu’ils ne finissent pas le bouquin. Ne pas avoir peur, donc, de prendre un gros pavé. Peine perdue, seuls les minces opuscules trouvent preneur, hormis chez les lecteurs (ou plutôt lectrices) déjà confirmés.

J’aimerais être un peu Pennac sur le coup. J’ai l’impression que, déjà, les jeux sont faits. Que l’envie de lire aurait dû être cultivée beaucoup plus tôt… Mais nous avons tant à faire.

Espérons, alors, qu’elle prenne racine par accident. Sans nous.

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