Vendredi 16 mars

Tout est prêt chez les 3e Tardis. La classe, très absentéiste, est au complet. Les avocats consultent une dernière fois leurs notes et le juge s’entretient avec son greffier, tandis que les journalistes prennent des notes. Ils sont prêts à jouer le procès opposant Viktor Frankenstein et sa créature. Ils ont préparé leurs textes, consulté des plaidoieries, appris ce que veut dire objection et comment on l’utilise.

Alors que le coup d’envoi est donné, la porte s’ouvre violemment. Y., un collègue de maths, surgit, accompagné de Perceval, que je connais vaguement de la classe de T. l’année dernière. Ils ont dans les yeux quelque chose que je connais bien. L’impossibilité de lâcher.

Ça m’arrive souvent. Un conflit avec un môme pour une bêtise : un refus de se déplacer, un bavardage, des devoirs non faits… Le ton monte et la tension. Ça peut aller loin. Insultes et grosses sanctions. Ça m’est arrivé ce matin.

Médusé, les mômes voient l’adulte et l’élève, grand pour son âge, s’empoigner. Puis les rires. Le prof, crédibilité en jeu à se faire tenir tête par un môme. “Aller monsieur laissez

J’ai de la chance, je suis extérieur, je peux intervenir. Je m’interpose et exige de Perceval qu’il reste dans la classe pour se calmer. Je lui pose les deux mains sur les épaules, ce qui redouble l’hilarité des troisièmes. Il finit par accepter et Y. peut retourner faire cours.

Je tourne la tête vers mes ouailles. Tous le visage déformé par le chaos de l’inattendu.

Et puis, la voix d’Emilia, la juge.

"Bon. On va pas laisser ça gâcher tout ce qu’on a préparé non ?”

C’est instantané. Une grande vague de calme qui me laisse comme un idiot avec mon ridicule. Le procès reprend. Juste parce que les gamins font le pari d’accomplir un beau truc plutôt que de ricanner.

Et alors, sont tous puissants.

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