Mardi 10 avril

Dernière heure de la journée, avec les troisièmes Max. Ça c’est mal passé hier, et c’est le dernier cours avant les vacances. Jeudi et vendredi, brevet blanc. Une heure pour conclure le cours sur Arthur Rimbaud. Avec “Aube”. Une heure pour expliquer le poème en prose.

Je suis épuisé, alors je raconte. Je raconte le voyage intérieur. Et extérieur. Ce pourrait être une forêt, ce pourrait être un cerveau. Rimbaud explore l’intérieur et l’extérieur.

“En fait il parle de quoi exactement ?
– Vous avez déjà eu des pensées en tête, de ces pensées qui vous semblent importantes mais que vous ne partagez pas parce que ça vous semble idiot, ou impossible à mettre en mots ?”

Et là tous. Absolument tous. Hochent la tête.

“C’est ça dont il essaye de parler.
– Comment ?
– En se servant du fait qu’on ne comprendra jamais complètement les mots.
– Mais pour quoi faire ?
– Pour rien. Juste parce que, peut-être, quelqu’un peut trouver ça beau.”

Il est tombé sur la troisième Max, l’éternelle agitée, un immense silence. Peut-être Rimbaud, peut-être la fatigue. Peut-être une minuscule étincelle. Et puis la voix de Nina.

“Alors en fait, c’est pas grave si on ne comprend pas ?
– On ne vous demande pas de comprendre. On vous demande juste d’essayer d’écouter et de voir. Ce que vous voulez.
– Vous pouvez essayer de relire le truc… Le texte ?”

Je m’exécute. Et les yeux mi-clos, tous, se laissent bercer. C’est rare. Ça n’est jamais arrivé. Et dans le train qui me ramène avec des collègues, je n’ose pas en parler, peur de casser quelque chose. De primal et d’originel.

Cette remontée, carmen carminis aux sources du langage avec vingt-deux mômes.

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