Jeudi 24 mai

Si tu comptes jouer à Persona 4 et que tu ne l’as encore jamais fais, barre toi d’ici, je divulgâche à mort.

Bon, maintenant qu’exactement 0,84 personnes sont parties, on peut y aller.

Je l’ai déjà dit, mais de tous les personnages de fiction qui peuplent mon univers mental (3753 au dernier recensement), Tohru Adachi est l’un des trois ou quatre qui me fascine le plus. Parce que c’est un gros connard. C’est le grand méchant du jeu, et ce n’est pas un seigneur des ténèbres ou une divinité malveillante. Non. C’est juste un gros enfoiré qui pousse les gens dans des télés maléfiques où ils meurent (cherchez pas) juste parce qu’il s’emmerde et que, surtout, il rage de cet ennui et de son incapacité à être quelqu’un qui lui plaît vraiment.

Tohru Adachi me fascine parce que, bovarysme toujours, c’est moi. Il représente totalement, parfaitement et intégralement mon trait de caractère le plus détestable : quand je suis face à une situation dans laquelle je perds pied, dans laquelle je me sens petit où inutile, je serai moi aussi capable d’assassinats cathodiques.

Et aujourd’hui, ça me prend aux mâchoires dès 10h30. Parce que je n’ai plus cours et que je vais rester jusqu’à 16h à Ylisse pour une réunion. Parce que j’ai à remplir des bulletins, des livrets de compétences, des appréciations et que c’est tout ce que je hais. Parce que j’ai paumé le costume qu’une élève m’a confié.

Et enfin, parce que de 14 à 16h, l’équipe de français décide de créer un document qui doit servir de feuille de route à tous les enseignants sur les points de langue à aborder, chaque trimestre, tous les ans.
Des documents de la sorte, il en moisit trois sur mon disque dur. Un par an. Qui n’ont jamais été utilisés.

Ce n’est pas la faute de leur conception ou de leurs ambitions. Pas la faute de leurs rédacteurs. C’est peut-être juste un souci de discipline. Ou le fait que, comme l’équipe de français change tous les ans, c’est difficile de s’accorder. Et l’année prochaine, ce ne sera pas le cas. Mais le fait est que ça ne fonctionne jamais. J’essaye de le dire, je ne veux pas le dire pour ne pas gâcher l’ambiance, j’essaye de le sous-entendre, ça ne marche pas, de toutes façons c’est nul de parler par sous-entendus.

Alors je m’Adachise. Et c’est T. qui prend, T. qui tente de coordonner la chose. La dernière fois c’était Monsieur Vivi. Ce que j’ai de plus noir sait parfaitement où et quand sortir.

En grands sourires agressifs, je m’ingénie à compléter inutilement les choses, à les faire traîner sous prétexte d’efficacité. Une heure d’enfoirage total et intégral. Durant laquelle je chie sur tout ce à quoi je crois : la patience, le fait de bosser en équipe, la rigueur, la volonté. Je me vautre dans mon moi haïssable comme un cochon dans son auge.

Et puis descente de trip.

Je me retrouve totalement défait. Avec Adachi qui me susurre aux oreilles que j’ai beau jeu de reprendre les élèves qui pètent un plomb ou s’ingénient à saboter mon cours, qu’à 35 balais, je ne vaux pas mieux qu’eux.

Sortie de bahut à 18h30, la réunion a duré une heure et demie, elle aurait pu être bouclée en vingt minutes. Sentiment amer d’avoir cassé tout ce que j’ai tenté d’ériger depuis ma dernière crise, de valable. Que tout est par terre. Et que je vais devoir tout remettre d’aplomb jusqu’à la prochaine.

Au moins, ce n’était pas devant les mômes. A qui je demande si souvent d’essayer d’être de bonnes personnes.

Regarde-toi un peu.

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