
Six heures de cours. Six heures avant la fin de cette semaine délirante.
A commencer par les troisièmes Arkham qui, depuis la fin de leur conseil de classe, semblent motivés à “faire monter leur moyenne”. J’essaye un instant de leur expliquer que ça ne sert plus à rien, mais rien à faire. Alors, presque par effraction, je continue leur découverte de La peste. L’arrivée des rats, le symbole. Difficile, le symbolisme. Pour le leur faire comprendre je leur passe le début de Melancholia. Comme à chaque fois, la même question :
– C’est votre film préféré, monsieur ?
– Non, je le trouve très très mauvais.
– Alors pourquoi vous le montrez ?
– Parce qu’on peut trouver quelque chose très mauvais et reconnaître sa valeur.
– Vous réfléchissez toujours trop, monsieur !”
On poursuit avec les cinquièmes Arkham, travaillant aujourd’hui sur une rédaction, et bien barrés. Si une moitié bosse dans un calme relatif, l’autre pète totalement les plombs. À commencer par Hoi, ex-Glee, qui, depuis quelques mois, semblent perdre totalement pieds. Ce bientôt quatrième s’est enduit les mains de correcteur blanc et en barbouille consciencieusement la table, tout en secouant la tête. Je l’envoie à l’infirmerie, tant pour qu’il se nettoie que parce que je soupçonne un truc compliqué. Refus total de s’y rendre. Hoi m’inquiète, beaucoup. Et pourtant, mon inquiétude parle un langage inconnu. Son comportement ne diffère pas de tout un tas de mômes qui s’amusent juste à faire tourner leurs profs en bourrique Seulement, Hoi effectue ces enfantillages avec un sérieux anormal. Qui me glace.
L’après midi, les cinquièmes Glee refusent de se corseter à la régularité des cours. Ce qui était une simple sortie en salle informatique pour effectuer un exposé sur Molière se transforme en un tournage improvisé de court-métrage, Bevolio filmant le mariage d’Armande Béjart et Molière. J’hésite entre l’éclat de rire et le soupir blasé.
“On en profite monsieur, il ne reste plus qu’un mois. C’est un peu dommage qu’on ne soit plus avec vous en français mais on a hâte de découvrir d’autres profs aussi.”
My work here is done.
“Mais au fait, où est Arès ?”
Arès, m’apprendra V., l’infirmière, est à l’hôpital. Lors d’une dispute, il a préféré frapper un poteau plutôt que son antagoniste.
Que ressens-tu, face à ça.
Fatigue aidant, je me sens redevenir terriblement sombre, agressif. Soirée avec T. et Monsieur Vivi. Cette fois, comme Arès, je me jugule et sert les dents. Je dois bien à Arès de maîtriser mon côté connard.
La soirée sera laborieusement douce.
Enfin, se reposer.