Jeudi 7 juin

Rencontre au sommet, en salle polyvalente : les cinquièmes Arkham jouent aujourd’hui pour les cinquièmes Glee. Une série de petits sketchs en anglais qu’ils ont écrits. Pour beaucoup de cinquièmes Arkham, c’est une première expérience. “Ils vont pas trop se moquer de nous, hein ?” m’a demandé Nina d’une petite voix quand je leur ai expliqué qu’ils auraient un public.

Les cinquèmes Glee ne se moquent pas. Ils ne se moquent tellement pas que ça en devient presque gênant. Ils applaudissent pile quand il faut, même quand le groupe qui passe susurre son texte en se cachant derrière sa feuille. “Je peux pas les laisser comme ça.”, murmure Benvolio qui file en régie et leur fait de belles lumières.

Nous remontons en classe. Je ne sais trop que dire aux Glee.

“On s’est bien comporté ?” me demande Yoshino, avec son regard 39871 “Je suis l’innocence et la naïveté incarnées.

“Très bien. C’était pour faire plaisir à qui ?
– Ben à nous et à vous monsieur, on essaye d’être des bonnes personnes, comme vous dites, lance Arès qui continue à tripoter l’attelle que lui a valu son récent coup de poing dans un pilier.
– C’est difficile, vous savez. Le théâtre, c’est une compétence artificielle, que vous avez la chance de travailler depuis deux ans, énormément. Ce n’est pas du talent c’est…
– Beaucoup de travail, on le sait, on a beaucoup beaucoup travaillé ces derniers temps. Donc on s’est pas moqué aussi parce qu’on a appris.
– C’est vrai. Du coup, on reprend l’étude de Molière ?
– Carrément, parce que les cinquièmes Arkham, là, ils sont grave en avance sur nous !”

Plus que deux semaines à être leur prof. Comme je le dis à T. en rentrant, je suis triste et totalement satisfait. Il serait indécent de ne pas l’être après ces deux ans passés à leurs côtés. Nous nous connaissons désormais beaucoup trop. Il est temps pour eux comme pour moi de connaître autre chose. En espérant que ces pousses de bonnes personnes le resteront.

Mais ça ne m’appartient pas. Ça ne m’a jamais appartenu.

Pendant deux ans, j’ai pu les accompagner. Et c’était beau.

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