Mardi 31 juillet

Or donc, hier soir, entre une balade en montagne payée avec les impôts du contribuable et la préparation d’un cours sur la presse au XIXe siècle parce qu’il n’y a pas que les mojitos framboise dans la vie, je tombe là-dessus.

Euh non, pardon, ça c’est mon mot de passe pour jouer à la version jeu vidéo d’un livre dont vous êtes le héros. (Monsieur Samovar a seize ans grand max). Je tombe, disais-je, là-dessus.

J’avoue avoir sourcillé, et plutôt intensément (je suis assez fort pour sourciller, j’arrive à imiter Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent), et pour la raison suivante : j’ai eu la nette impression de me retrouver en classe, devant un élève tentant de me convaincre qu’il m’a bien rendu sa copie, et que c’est moi qui l’ai perdue.

Je m’explique : il ne s’agit pas, pour le moment, de débattre du rôle des téléphones portables dans les établissements scolaires. Juste de s’intéresser à la loi. Je vous avoue que ma connaissance des lois s’approche un peu de celle des chansons de fin de soirée. Je connais les refrains, mais le reste du temps, je vais plus ou moins fredonner. Du style : “Na na na na naaaa, pas plus de 80 sur les nationales na na na na naaaaaaa contraventiooooon !”

Je suis donc allé me renseigner. Parce que, même si nous nous sommes carrés des gouvernements plutôt croquignols, j’avais du mal à croire que rien n’avait été fait pour cadrer l’utilisation de cet objet satanique qu’est le téléphone portable. Et le fait est, que je suis tombé sur le texte de loi suivant, datant de 2010.

Bon. Voilà qui paraît plutôt clair. Et relativement restrictif. Et absolument pas respecté. Parce que ne nous voilons pas la face, le nombre de “Monsieeeeur, j’ai oublié d’éteindre mon portable, je peux le faire maintenant ?”, de sonneries honteuses et d’informations circulant suspicieusement d’une salle de classe à l’autre a été relativement astronomique cette année, quand bien même, dans le prolongement de cette loi le Règlement Intérieur du collège Ylisse, comme celui de 99% des établissements français, se faisait le relai de cette interdiction.

Cela dit, notre Président se félicitant de la mise en oeuvre de cette loi, je suis allé la voir de plus près. Et voici ce que j’ai découvert (je préviens d’emblée, c’est moyen palpitant.)

Alors OUI, on va encore m’accuser de mauvais esprit, mais l’interdiction dont se félicite ce gouvernement me semble pouvoir être résumée de la sorte :

“Le portable, ben il est interdit quand il est interdit et autorisé quand on vous le permet.”

D’où impression d’arnaque totale.

Arnaque non pas parce que j’espérai une interdiction pure et simple du téléphone portable dans les établissements scolaires. Dans les faits, je pense qu’une loi trop restrictive (comme la précédente) n’est pas souhaitable. La prohibition n’a jamais fait ses preuves et j’ai beaucoup moins de soucis avec les portables depuis que je demande à celui qui l’a fait sonner de l’éteindre en assortissant la demande d’une gentille vanne que lorsque je promettais mille châtiments infernaux à l’impertinent donc je croyais distinguer un téléphone dans la proche.

Au fur et à mesure que les objets se banalisent, ils perdent en intérêt, et les portables sont beaucoup moins sortis en loucedé qu’il y a quelques années. Je n’écris pas pour autant qu’il ne faut pas contrôler leurs utilisations. Je souhaite juste qu’elles soient encadrées de façon rationnelle et pas uniquement vues, par les élèves, comme un moyen de faire péter les plombs aux adultes (les mômes adorent ça.)

Or donc, la sensation de m’être fait arnaquer vient du fait que l’on annonce en grande pompe une mesure sexy médiatiquement (haro sur le portable, cet objet de Satan qui ouvre les portes de la pornographie à nos chères têtes blondes pendant la pause de 10h30, où ils devraient normalement jouer au foot et à l’élastique !), mesure qui existait déjà et dont les effets concrets seront nuls. Mesure qui s’inscrit dans la lignée de la dictée obligatoire en cours ou du “retour” des cours des grammaire. Je tiens à l’écrire une bonne fois pour toute en ce lieu virtuel :

TOUT. ÇA. EXISTAIT. DÉJÀ.

Et j’éprouve un agacement infini face à cette politique consistant à déclarer en hochant gravement la tête que l’autoritay est de retour à l’école, en, concrètement, ne faisant rien.

Ou plutôt si.

Car cette nouvelle loi est loin d’être inutile, et c’est sur ce point qu’elle aurait pu être présentée comme positive.

Tout d’abord, elle inscrit noir sur blanc que, dans certaines circonstances, le téléphone peut être utilisé. Chose qui me paraît plutôt positive. Il m’arrive, environ une fois par trimestre, de demander à un ou plusieurs élèves d’utiliser leurs téléphones, pour chronométrer, enregistrer un extrait de débat (et on en profite pour revoir la question du droit à l’image, hum hum) ou diffuser un son. Jusque là, j’ignorais où je me situais exactement par rapport à la législation (même si le règlement intérieur du collège m’y autorisait). Là, pour le coup, c’est limpide.

Autre point positif : en cas d’abus ou de problème, les adultes sont clairement autorisés à confisquer les portables, chose qui n’était pas le cas jusqu’alors et qui rendait les CPE UN BRIN nerveux quand les professeurs prenaient l’initiative de le faire.

Bref, cette loi clarifie ce qui existe déjà. Ni plus, ni moins. Il aurait été bon qu’elle rappelle aussi le rôle des professeurs documentalistes dans l’apprentissage d’un utilisation responsable des objets connectés, étant donné qu’il s’agit un tout petit peu de leur mission et que ce gouvernement passe son temps à l’oublier…

Donc oui, même si c’est plus long, même si c’est moins simple, la prochaine fois, un lien vers un petit article expliquant en quoi une loi modifie quelques usages plutôt qu’un tweet triomphal, ça serait plus honnête, à défaut d’être percutant.

Oh, et puis le petit signe “check” à côté d’une soi-disant promesse de campagne validée… non. Vraiment, vraiment non. S’il vous plaît.

Laisser un commentaire