Lundi 15 octobre

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Shu est dyslexique. Fortement. La première rédaction qu’il m’a rendu était un immense serpent sa queue ni tête, dans laquelle les lettres s’entrechoquaient, cherchant désespérément à produire quelque chose.

“Non mais je suis dyslexique, hein.” m’a envoyé le gosse au visage quand il m’a rendu son premier écrit, avec l’air vaguement dégoûté qui lui est coutumier. Remarque que j’ai prudemment accueillie, énormément d’élèves se disant dyslexiques pour des motifs plus ou moins solides.

Parce qu’ils ont compris. Ils ont compris que la prise en charge de nombreux handicaps, dans les collèges, c’est le bordel. Les infirmières font leur boulot, les profs essayent de le faire, les parents aussi, quand tout va bien. Et pourtant, la communication ne passe pas. Tous les ans, les mômes ayant tel ou tel handicap doivent, s’ils n’ont pas de chance ou des parents hyper-présents, recommencer cet effroyable parcours du combattant consistant à prévenir les adultes, encore une fois. Parce que personne d’autre ne le fait, que les dossiers se baladent d’un bureau à l’autre, qu’à la rentrée, on nous averti de douze milliards d’obligations et parfois pas de celle-ci.

Shu a eu la présence d’esprit de le signaler. Mais combien n’osent pas. Et sont à la merci d’un “t’es sûr que tout va bien, niveau écrit ?” lancé au petit bonheur la chance pour que l’on reprenne le dossier, que les profs de l’année dernière confirment, ébahis que l’info ne soit pas arrivée jusqu’à nous.

Parce que l’école que l’on veut inclusive sans nous en donner les moyens, c’est cela, aussi : des enfants qui souffrent, parfois en silence, parfois en se manifestant, et des adultes qui écopent dans tous les sens dans un bateau qui prend l’eau.

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