Jeudi 18 octobre


(Ce billet fait suite à celui de mardi)

Les quatrièmes Bulbizarre, depuis le début de l’année, cultivent leur côté détestable. A l’exception d’une poignée de chouettes gamins – gamines, surtout – parvenant à rester somptueusement indifférentes aux divers conflits, petites méchancetés quotidiennes et irrespect par rapport au professeur, il s’agit typiquement du genre de classe dont on sait qu’elle va être usante. Usante parce que chaque cours, un élève, rarement le même, dysfonctionne. Usante parce que le matériel est rarement apporté, qu’il faut quasi à chaque fois appeler les parents, parce que les mots s’alignent dans les carnet.

Et pourtant, de leur point de vue, quelque chose ne va pas. Et je pense avoir deviné quoi.

Au fond, les gamins Bulbizarre aiment l’école. C’est assez rare pour qu’on le reconnaisse et qu’on le souligne.
Parce que oui, ils sont capables de se comporter comme les pires de petites enflures charmants petits diablotins, mais ils s’indigneront toujours qu’on les accuse de ne pas tenter les activités proposées, parce qu’ils le font. Ils rendront toujours, toujours les devoirs, même s’ils seront capables ensuite d’insultes immondes entre eux et parfois même envers le prof.

Ils ont envie d’être des ados d’Ylisse. De se tchipper et de se traiter de gros bâtards en rigolant grassement. Et pourtant des fois. Tiens comme ce matin.

Ce matin où, tout bêtement, ils continuent une rédaction de plusieurs pages. En groupe ou individuellement. Où, pendant une heure, certains termineront leur brouillon à la main, et d’autres commenceront à taper diverses aventures angoissantes à l’ordinateur. Tous ou presque tapent leur texte au kilomètre, sans y accoler les effets de couleurs qui déchirent la rétine égayent les œuvres des collégiens, habituellement. Seed, qui est dans ma tête le candidat numéro 1 à un conseil de discipline cette année, note sur une feuille les règles de typographie, parce que “ça fait moche, quand on sait pas si on met un espace avant ou après le point.”

Pourtant, cette heure, comme celle de mardi, où j’avais eu l’impression que l’activité ne convenait pas aux mômes, est harassante. Parce que je dois en permanence calmer les uns, sévir avec les autres, dégainer un rétroviseur quand je me tourne pour expliquer à un groupe que “henvahirh” compte peut-être un peu trop de h, le tout tout en surveillant trois élèves d’un collègue dont j’ai bêtement accepté de surveiller la retenue.

Je ne sors pas du cours pris d’une soudaine épiphanie, d’une révélation du genre : “Malgré tout, ils sont sur le droit chemin, ils peuvent être sauvés !”

Non. Parce que mon rôle est d’être leur prof. J’ai abandonné mes habits de paladin il y a quelques années, et s’ils doivent être sauvés, ce sera par eux-mêmes. Quand ils accepteront que ces activités dont ils savent qu’elles présentent un intérêt, sont ce qui importe dans l’heure. Et pas la propension d’Hildegarde à inventer d’exotiques scénarios mettant en scène la mère d’Alia.

C’est difficile. De se dire que ces mômes ne deviendront de bonnes personnes que s’ils le décident. Notre pouvoir là-dessus est tellement ténu. Les conforter, leur donner les armes pour être de bons élèves, de bonnes personnes, créer les conditions pour qu’ils s’épanouissent.

Mais, toujours, leur laisser l’essentiel : choisir.

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