Jeudi 25 octobre

Dernier jour de notre première étape japonaise. Exploration de Yokohama, la ville portuaire. Ici, la mer, d’un bleu profond, s’agite sourdement, rageant d’être ainsi labourée de bateaux pressés. Immenses immeubles qui se déploient sur la baie. Nous passons lentement de centres commerciaux de luxe (c’est devenu une blague récurrente : tous les immeubles qui attirent notre regard sont des centres commerciaux, il y en a absolument partout.) en parcs méticuleusement entretenus. Comme Yokohama, Tokyo est une victoire humaine sur la nature. Cette pensée est aussi terrifiante qu’étonnante.

En rebranchant le téléphone que j’ai acheté au Japon en remplacement du mien qui vient de décéder – merci pour le passage à la douane prochain – une dizaine de notifications furax me sautent à la gueule. Parce que j’ai évoqué le fait que ça n’allait pas être drôle non plus pour les chefs d’établissements, ce mouvement #pasdevagues après lequel je vous parie qu’on va leur demander de mettre encore plus le couvercle sur la marmite, histoire de faire croire que la tempête est passé, que tout est sous contrôle. Évidemment je me prends la grêle.

Défendre les chefs quand on est prof, c’est périlleux. Parce qu’ils sont la voix d’une hiérarchie qui, actuellement, déconne sévère (euphémisme), et que, bien souvent, on se demande à quel point leurs ambitions personnelles se dissimulent derrière l’obligation de faire appliquer des consignes.

Je suis fils de chef d’établissement à la retraite. Et les profils de ce corps de métier sont aussi variés que les profils de profs. J’ai eu maille à partir avec beaucoup d’entre eux et en ai connu qui se montrait d’un idéalisme sans faille, n’ayant pas peur d’aller au conflit pour défendre leurs équipes.

Mais il n’y a pas à tortiller, ce boulot sera toujours ambigu. Que doit être un principal, un proviseur ? Le relai des textes, le garant d’un collège qui tourne selon ses spécificités, quelqu’un qui oriente ou qui fait la synthèse d’idées existantes ? J’ai quelques idées sur la question mais elles n’appartiennent qu’à moi.

Mais dussé-je continuer à recevoir des amabilités et enfoncer des portes ouvertes,, je refuse de condamner la profession dans son ensemble. C’est ce que je reproche en permanence à ceux qui parlent “des élėves de REP +” “des profs”.

Nous vivons depuis deux ans en particulier une violence phénoménale dans le monde de l’éducation. Et s’il y a masse de torgnoles à distribuer, il reste également à beaucoup d’endroits de sacrés belles volontés, qui prennent la grêle dans leurs classes, dans les salles d’études ou dans leurs bureaux. On a intérêt plus que jamais à se serrer les coudes.

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