
La fatigue.
En ces derniers jours avant les vacances, elle devient une présente quasi-palpable au collège. On la croise au détour des couloirs, dans les salles de classe et la salle des profs.
Les sonneries indiquant la fin de la récréation ne sont plus saluées de l’habituel “allez, au boulot, bande de feignasses !” de N., le collègue de SVT, qui doit craindre un étripage en règle, à moins que, lui-même, n’ait plus l’énergie pour crier.
Les gamins sont à fleur de peau. Comme Gale, qui éclate en sanglots quand je lui demande de me montrer ses devoirs en m’expliquant qu’il avait tout bien préparé, mais qu’il a oublié sur son bureau, c’est vrai monsieur je vous en prie, croyez-moi ! Gale qui, un mois plus tôt, me regardait goguenard quand je lui demandais de prendre un stylo.
Les chariots de ménage n’ont jamais été aussi lourds, et sont péniblement poussés par les agent de service qui marnent depuis sept heures et quart, et ont de plus en plus de mal à nettoyer les salles avant l’arrivée des légions de l’Enfer élèves.
La fatigue qui me donne l’impression de me coller, poisseuse, au corps lorsque je me couche, trop tard – mais j’ai eu envie d’être autre chose que prof, après avoir terminé les préparations de cours et les corrections de copie, et ça prend du temps, de vivre – et que je me lève, trop tôt, à peine lavé de son excès.
La fatigue de décembre. Qui règne en maîtresse sur l’Education Nationale, en ces derniers jours de l’année.