Vendredi 21 décembre

Bref retour au collège (deux heures), où j’attends que ma personnalité post-stage, sereine et bienveillante se prenne la batte cloutée de la réalité dans la che-tron.

Mais il faut croire que l’esprit de Noël a choisi de faire sa B.A au-dessus de mon humble tête et il me pleut dessus tout un tas de petits moments bien niais.

Ca commence donc par les troisièmes Glee, qui se précipitent sur moi, quelques minutes avant leur brevet blanc. Pahn me tend un cadeau de Noël : une boîte de macarons.
Je ne reçois jamais de cadeaux d’élèves, je ne suis pas ce genre de profs, et encore moins des gourmandises que je sais onéreuses. Et de tous mes élèves, je n’aurais pas cru que ça viendrait de Pahn.
Pahn est un gamin qui a des côtés sympathiques mais terriblement immature. Jusqu’à l’année dernière, c’était sa soeur, d’un an plus jeune, qui lui préparait son sac de cours. Monsieur Vivi a piqué une quinte suffisante pour que le môme comprenne qu’en troisième, mettre trois cahiers et une trousse dans un sac relève du domaine du possible. Pahn joue aux jeux vidéos jusqu’à pas d’heure et est très feignasse.
Mais malgré cela, il a un côté touchant. Depuis quelques mois, le petit prince de la famille tente, laborieusement, de prendre des initiatives. Et vient me raconter, rayonnant de fierté, qu’il se réveille désormais tout seul, qu’il se prépare son petit déjeuner ou révise sans que sa famille ne l’y incite.
Et des fois, aussi, passent sur son visage quelques attitudes de jeune homme. Quand Monsieur Vivi ou moi lui confions des responsabilités. Que nous approuvons, sans le féliciter, certains de ses comportements. Et c’est justement cette attitude qu’il a quand il me tend mon cadeau.

Cadeau que je dégusterai plus tard, j’ai cours avec les quatrièmes Bulbizarre, aux rang desquels Hildegarde. Hildegarde tousse ce matin, et comme tout ce qu’elle fait, elle le fait avec un manque de délicatesse qui ferait se reconvertir un contingent de la légion étrangère dans le balai classique.

“Hildegarde, ça va ?
– Oui bon ça va, je fais pas exprès, vous CROYEZ que je fais exprès alors que là, je TRAVAILLE ! Qui a donné tout le vocabulaire pour les questions là ? Pourquoi on s’en prend toujours à moi ? Vous m’énervez à la fin !
– Heu. Hildegarde ?
– Quoi ?
– Je voulais juste savoir si vous soignez cette toux.
– Vous m’avez pas fait de reproche en fait.
– Non.
– Mais pourquoi je suis tout le temps comme ça monsieur, j’ai un problème en fait. J’ai pas du tout confiance en moi !”

Cette grande fille aux gestes de laboureur en plein travail se frotte les joues.

“Pourquoi je suis comme ça, monsieur ?”

Je lui fais mon sourire 45258 “Pour le moment laissons ça de côté et essayons de ne pas entamer ta psychanalyse en salle 212 s’il te plaît.”

Il y a tant à faire avec cette gamine. Aussi.

On termine par les quatrième Alakhazam qui n’avaient pas encore eu le droit à leur extrait du film des Misérables.

Lorsque l’action arrive sur le procès de Champmathieu, que nous n’avons pas étudié en cours, les mômes retiennent leur souffle. Et une exultation, lorsque Jean Valjean se dénonce, puis fuit la justice de Javert.

“C’est comme ça qu’on est une bonne personne !”

Je quitte un collège un brin moins affolant qu’il y a quelques jours. Et pars me reconstituer.

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