Jeudi 20 décembre

J’ai conclu ce stage par un “je vous aime”. J’aurais difficilement pu trouver plus tarte et plus juste.
Un stage qui m’a été infiniment bénéfique. Et qui pourrait l’être à tous les collègues, à tous les corps de métiers. Parce que, pendant trois jours, s’entendre dire que les choses exigeantes que l’on a construites sont belles, c’est essentiel.
Cet ego dont on fait une arme pour forer dans une réalité sèche, et qu’on nous accuse de porter à la main a été arrosé, durant tout ce temps. J’ai vu, physiquement, des collègues se déployer. Et j’ai senti qu’en moi aussi, les crevasses se faisaient moins profondes.
Alors bien sûr, que dans ce sanctuaire, je ne pouvais que les aimer. Le regard flamboyant de L., la douce morgue de M., l’intelligence, extraordinairement lumineuse de G. et tout ce que portent les autres…
On a pris soin de nous, nous avons pris soin les uns des autres. On pourra trouver suspect, voir scandaleux qu’un stage de l’Education Nationale serve à cela. Et c’est vrai.
Il est scandaleux que l’on doive trouver ce réconfort dans un stage. “Vous faites un métier très limite”, balbutie l’intervenant quand, à la faveur du dernier repas pris ensemble, nous évoquons enfin notre quotidien en sa présence.
J’ai donc conclu par un “je vous aime”, et c’était vrai. Pas comme le fait qu’on a reçu la force de tout changer dans notre profession, que l’on réussira à accomplir nos désirs les plus secrets ou que l’on restera tous en contact. Le quotidien se charge bien de nous le rappeler quand chacun s’effiloche dans Paris, à la recherche d’un métro ou d’un Uber, au revoirs un peu bâclés.
Mais il nous reste quelques flammèches, quelques plumes, qui ne sont qu’à nous.
Et qui portent.