
Ils sont venus.
La gorge nouée ou plein d’assurance, seuls ou en groupe, pour la première fois passant un oral avec des enjeux, nous avons reçu les troisièmes, pour leurs oraux de stage.
Ils sont venus, un effort vestimentaire sous le bras. Avec un jean qu’ils portent les ourlets asymétriques, avec des talons qui leurs donnent l’air d’échassiers maladroits, avec une chaîne bling bling sur une chemise blanche de mariage. Ils sont venus, le haut parfaitement accordé, pull classe et sobre, bijou discret, et en bas un pantalon de jogging. Parce qu’il n’y a pas masse de choix, dans leur placard.
Ils sont venus, ne sachant pas comment retenir tout ce qu’ils ont à dire. Certains qui ont tout appris par cœur et le débitent à une vitesse folle, recherche, taille de l’entreprise, activités, avis, le tous en 48 secondes chrono. D’autres se sont cachés derrière une feuille gribouillés et d’autres, encore ont déroulé leur sujet avec une aisance merveilleuse pour leurs quinze ans.
Ils sont venus et nous ont regardé avec angoisse, parce que nous étions pour une fois, supérieurs en nombre, eux tout seuls, nous deux. Ils ont cherché les pièges dans les questions les plus innocentes et ont désarmé les plus retorses avec leur franchise.
Ils sont venus et ont été maladroits, impressionnants, à l’aise et terrifiés. Ils sont venus et ont tenté. Les troisièmes.
Et quand je sors au soleil, groggy de ces sept semaines passés à leur apprendre, leurs voix s’élèvent, légères, désormais, et se fondent dans le bleu.
Fermer les yeux et, lentement, quitter Ylisse.