
“Ne soyez pas les profs que vous avez eu.”
Phrase prononcée lors de mon année de stage par une formatrice, et qui continue à me titiller.
Dans le contexte, je pense que le message était : “Ne reproduisez pas ce que vous avez vécu en tant qu’élève. Ayez une réflexion sur ce que vous ferez.” Ce qui est tout à fait sain.
Mais malgré tout, la nostalgie râle et s’agite. Parce que même si j’ai tenté, réfléchi, changé, recommencé, même après dix ans de métier, il reste dans mes façons de faire des bribes irréductibles, des inflexions et des murmures qui me viennent des adultes qui, enfant, m’ont enseigné.
Cette nécessité d’explorer méticuleusement un texte au niveau du sens, de m’assurer que tout le monde l’a bien compris me vient de Mme H., ma prof de première. Parce que même des lycéens littéraires avaient besoin de comprendre à quoi ressemblait le salon des Bovary, avant de traquer structure du langage et procédés de style.
Cette alternance permanente de cours précis, rigoureux et d’activités beaucoup plus libres sont la marque de Mme S., en quatrième. Parce que les portes d’entrées dans le savoir doivent être multiples, changeantes. Il n’y a que comme ça que je parviens à y embarquer un maximum d’élèves.
Ce désir de maintenir avec mes élèves des relations à la fois fortes et distanciées, c’est le sceau de M. S, mon prof d’anglais du lycée. Qui est parvenu à faire en sorte que ces ados tourmentés trouvent chacun leur place, sans jamais outrepasser leur rôle d’élèves.
Ne soyez pas les profs que vous avez eu. C’est inévitable. Ils nous ont formé, et nous portons leurs héritages. Et la beauté de la chose, c’est que nous pouvons choisir, et garder d’eux le plus brillant, le plus beau.