Mardi 26 février

Message peu amène d’un.e anonyme sur Curious Cat aujourd’hui (oui, j’ai un compte Curious Cat, car j’ai 12 ans et je suis narcissique) : la personne se révolte contre les enseignants, capables de provoquer des traumatismes durables chez des élèves, voir des phobies scolaires.

Si l’on passe sur le ton désagréable du message, il y a là un problème primordial, grave et fascinant : les établissements scolaires sont un laboratoire de sociabilisation. Un grand laboratoire dans lequel les systèmes d’alarmes dateraient de l’âge de pierre.

C’est une évidence, mais c’est dans la cour de récréation et les salles de classe que l’on fait ses premières expériences de groupe. Mais également de rapport à des adultes qui ne font pas partie de la famille. Et c’est là que réside le nœud du problème : à l’inverse des CPE, des infirmières ou des assistantes sociales, les profs ne sont pas formés à gérer les émotions qui bouillonnent chez les ados. Et non, ça ne nécessite pas que de l’empathie. Parce que ce n’est pas un adolescent, que nous avons en face de nous, mais près d’une trentaine. Et qu’il suffit parfois d’une phrase.

J’ai souvent parlé de cet élève qui m’avait dit qu’en fin d’année que quelques mots que j’avais prononcés (”Rien n’est jamais acquis.”) avait changé son rapport au travail scolaire. Or je n’avais aucun souvenir du moment où je l’avais dite. Et si, dans ce cas, le môme avait été positivement influencé, je tremble à l’idée de ce que j’ai pu créer de néfaste chez d’autres.

Je tremble, mais je refuse la culpabilité. Parce que, comme j’ai répondu à cet.te anonyme, à de graves exceptions près, j’ai toujours rencontré, parmi des collègues, des adultes réfléchis, qui, même sans outils, même si cela n’a jamais été abordé dans leur formation, ont conscience de la responsabilité qui nous a été confiée, et mal confiée. Je refuse la culpabilité parce que oui, j’ai sans doute blessé, et cela m’arrivera encore. Mais, depuis que j’ai commencé ce boulot, j’ai appris : à considérer tout élève comme infiniment précieux – et non fragile – à refuser le mépris, et à tenter de toujours garder les yeux ouverts.

Est-ce que j’y parviens toujours ? Non. Et c’est pour cela que nous sommes plusieurs adultes, avec des pratiques et des postures différentes. Pour que chaque élève puisse trouver sa place et, en cas de détresse, quelle qu’elle soit, un secours. C’est pour cela qu’il est criminel de diminuer les postes de CPE, d’infirmières et d’assistantes sociales qui offrent un autre rapport à l’adulte. 

Tous les élèves qui, par le travail des adultes qui leur enseignent, ont pris confiance en eux, ont été sauvés, équilibrés, ne consoleront jamais de ceux que nous avons laissé au bord du chemin. Mais nous essayons. Nous tendons des mains, des mots, nous laissons des portes ouvertes, autant que possible.

Être là pour tous.

Sacré boulot.

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