Vendredi 1er mars

L’autre jour, message affolé d’une lectrice – évoqué ici avec sa permission – d’avoir touché un élève, après qu’on lui ai expliqué à quel point la chose est taboue dans son établissement. Et cette question : “Est-ce que ça t’arrive, de temps en temps.”

Oui. Souvent. Mais de façon très disparate.

J’ai mis énormément de temps à commencer à maîtriser le contact physique avec les élèves, peut-être sept ou huit ans. Parce que, comme cette collègue, on m’avait présenté ça comme l’un des grands interdits, parce que les rares fois où je l’ai fait dans mes premières années d’expérience, ça c’est fait dans des situations de crise, parce que, j’en suis convaincu, ça peut être extrêmement intrusif et violent.

Mais aussi réparateur.

Encore une fois, ce que j’écris ne concerne que ma pratique dans mon environnement, loin de moi l’idée d’en faire un modèle.

Bien employé, un contact peut, justement, désamorcer une situation potentiellement violente. Dès qu’elle débute il est trop tard. Mais poser la main, brièvement, sur le bras d’un élève lorsqu’après un conflit avec un autre, il s’enferme dans cette rancœur sourde qui s’apprête à dégénérer en violence, ça peut aider.  Pas toujours. Mais avec certains élèves.

Et c’est aussi ça, le truc. Il y a pas mal de mômes avec lesquels j’éviterai tout contact physique parce que, à force de les observer, je sais que ce serait mal vécu. Le toucher, c’est une carte que l’on peut jouer quand on connaît pas mal les mômes. Et si possible en leur demandant à chaque fois la permission avant : “Je peux déplacer votre bras pour corriger la position ?” “Vous permettez que je vous montre comment on se place pour être stable à un oral ?”

Et bien sûr, il y a le contexte. Les élèves de Glee, quel que soit le niveau, qui ne voient aucun inconvénient à vous tenir la main dans le cadre d’un exercice de théâtre ou de chant, alors que ça en bloquerait plus d’un dans toute autre circonstance. Et ceux qui en profite, quand on prend place dans le cercle avec eux, pour toujours se mettre à côté de vous, refermer les doigts sur les vôtres, fort, et ne plus les lâcher.

C’est extrêmement compliqué. Délicat. Plus encore que la parole. Je tente de garder le contact exceptionnel. Tant pour toutes les raisons que j’ai évoquées que parce qu’il s’agit, une fois encore, de pédagogie : le toucher peut être respectueux et précieux.

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