
(Illustration : Marco Sidoti)
Le mardi midi, les troisièmes Glee ont chorale. À 13h, très exactement, soit trente minutes après un cours de français de deux heures. J’y assiste parfois. Comme aujourd’hui, où je mène l’échauffement corporel. Et Monsieur Vivi arrive dans la salle où les élèves rient à gorge déployée tout en menant un exercice relativement complexe appris lors d’un stage au Théâtre de l’Odéon.
À la fin de l’heure, je lui confie que je suis heureux d’avoir enfin l’impression d’être légitime auprès de cette classe qu’il suit depuis quatre ans. À mots couverts, je prends un raccourci trop souvent pratiqué à Ylisse : j’appelle la troisième “la classe de Monsieur Vivi”. Et je le vois se tendre un peu. Car non. Il ne s’agit pas de “sa” classe, quand bien même il la suit depuis quatre ans. Il n’existe pas de lien à jamais acquis avec des élèves, et être un enseignant respecté, à qui l’on accorde sa confiance, que l’on suit, n’est jamais certain. C’est un travail quotidien. Je suis un peu chagriné de l’avoir oublié.
Mais lui, comme moi, trouvons du réconfort dans cette certitude-là : le travail que nous menons à deux dans le projet artistique et scolaire de ces élèves est précieux. Et depuis deux ans, ce lien professionnel et amical, forme l’une de mes plus solides lignes de survie au travail.