
Hier, soirée chez B. et T. T. s’apprête à passer les oraux du CAPES. La conversation tourne donc évidemment un bon moment autour du boulot ; de l’envie de T. d’apprendre la grammaire, vraiment, aux élèves. Des les y intéresser.
Il y a quelque chose de fascinant à se tenir, onze ans plus tard, devant de futurs enseignants. De les voir prêts à s’élancer, en déployant toutes leurs idées et leurs envies. “À l’ESPE, on nous dit qu’il faut dix ans pour faire un bon prof” me lance T. en rigolant “tu confirmes ?”
Je hausse les épaules. De bons profs, j’en ai connus qui étaient opérationnels dès la première année. Mais il faut certainement un bon moment pour apprendre à jongler avec l’intégralité de nos responsabilités : les cours, l’administratif, la discipline, la dimension humaine du métier, l’adaptation au changement perpétuel…
J’ignore si, après tout ce temps, je suis devenu un bon prof. Mais, comme je l’ai déjà écrit ici, j’ai développé le pouvoir d’Elliot dans Scrubs : j’arrive, quand la situation me dépasse, que je suis débordé de boulot ou en train de me faire bordéliser, à respirer un grand coup. Et à ralentir la frénésie absolue dans laquelle nous sommes souvent plongés.
Je manque terriblement de sens de l’à-propos : si j’en avais eu, c’est ça que j’aurais expliqué à T. À tous les profs qui se lancent : respirez.