Lundi 9 septembre

La semaine commence avec deux heures de Troisième Glee, toujours en mode turbo-choupi. Je les regarde en essayant de voir ce qu’une année de quatrième durant laquelle nous nous sommes à peine vus leur a fait.

Lorenz continue à assumer son image d’élève brillant. Cahier impeccablement tenu, interventions toujours pertinentes… Toutefois, on commence à sentir les limites de l’exercice : “J’ai besoin de savoir pourquoi vous voulez nous faire apprendre un texte par cœur.” dira-t-il en exagérant un peu trop les syllabes.

“C’est écrit sur la fiche d’aide, tu ne l’as même pas regardée !” le reprend Petra qui, deux ans durant, a été une élève en difficulté. Mais qui n’a jamais hésité poser des questions. Au début totalement foutraques et, au fil des ans, de plus en plus précises. Je la retrouve le regard affuté, toujours désireuse de savoir, de comprendre, mais saisissant désormais pleinement les règles de ce jeu délirant qu’est le collège.

Sylvain est plus beau que jamais. D’abord physiquement. Il sera un lycéen magnifique. Et plus encore mentalement. Il a tourné sa scolarité vers les autres. Vers le professeur, cherchant toujours, dans ses interventions, à faire avancer le cours, voir à le devancer quand il sent que l’ennui s’installe. Vers ses camarades, aidant le plus discrètement possible. Il m’avait manqué, son accent indéfinissable et rauque.

Dorothea, elle, me regarde impénétrable. Elle avait été mon pilier de ses années de sixième et cinquième, d’humeur toujours égale, d’humour toujours pertinent. Et désormais, elle n’hésite plus à faire étal d’une culture dont on sent qu’elle est en pleine croissance. Et quand je lâche un “Calice” lorsque je me cogne le pied contre une table, elle lance un “Et là des québécois se sont sentis insultés”, avant de tranquillement retourner à la caractérisation de son texte.

Il suffira de peu pour que leur année soit magnifique. Et je me demande ce que je peux leur apporter. À ces élèves doux comme aux autres.

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