
Début d’une semaine pour le moins chaotique. La grève se poursuit (à chanter sur l’air des Misérables “Le Grand Jour”), le brevet blanc des troisièmes approche, ainsi que les vacances. Le meilleur cocktail pour des journées explosives.
D’autant plus que, depuis une semaine, les profs mènent une bataille rangée pour que les élèves désertent les couloirs durant la récréation. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup. En effet, profitant du fait que nous n’étions pas particulièrement regardant quant au fait que des élèves veuillent se mettre au chaud durant la récréation, nous les avons laissés occuper le rez-de-chaussé durant les pauses. Résultat : les couloirs de l’intégralité du bâtiment sont devenus un joyeux bazar : le corridor des sciences est devenu un Fight Club officieux, les couloirs un emplacement où les troisièmes se servent de sixièmes comme luges et où, régulièrement, on s’amuse à activer l’alarme incendie, tellement souvent que je soupçonne les pompiers de nourrir des desseins meurtriers à l’égard du collège.
Résultat, après avoir tenté un bon moment d’expliquer que cette attitude était moyennement cool, les adultes se sont transformés en shérifs, mettant dehors des ados pour le moins furax, jusqu’à ce qu’ils acceptent de cesser de jouer les terreurs.
Cela amène à des scènes assez cocasses, comme celle durant laquelle je poursuis un élève jusque dans la salle d’attente de l’infirmerie et où je m’aperçois qu’il s’est glissé – “faxé” serait le mot juste, comme me le signale T. – dans les huit centimètres qui séparent une étagère d’une paroi.
Cela amène aussi à de violentes engueulades.
“Vous alors, les profs, vous vous croyez chez vous, alors que c’est chez nous, ici ! gueule Feena qui, comme souvent, se trompe de colère.
– C’est l’endroit de tous. Tout le monde a le droit de venir travailler sans risquer de se prendre un coup dans la bouche parce que vous êtes de mauvaise humeur.
– Les profs ils croient trop ils savent tout !”
La vérité est qu’il s’agit bien ici d’un problème de territoire. Dans cet endroit où nous passons l’essentiel de notre temps éveillé, les mômes se rêvent maîtres des lieux.
Leur apprendre que le plus important n’est pas entre les murs. Cela reste encore à leur apprendre.