Jeudi 19 décembre

Découverte des Dix petits nègres avec les quatrièmes Avaltout. Et, comme pour Les misérables, la question se pose :

“Monsieur, il est noir le juge ? Et Vera ?

– N… Je ne sais pas, en fait.”

Plus que l’utilisation dans le titre d’un mot désormais choquant, c’est la couleur des personnages qui leur pose question. Et même si, il y a fort à parier que dans l’Angleterre de l’entre-deux-guerres, Lady Agatha a imaginé ses personnages blancs, les indices sur leur peau n’apparaissent que rarement. Toutefois, si j’ai failli répondre par la négative à leur question, c’est avant tout du fait de mon système de représentation, comme je m’en ouvre le soir venu lors d’une conversation passionnante avec ma sœur.

Et si je suis extrêmement mal à l’aise avec beaucoup de polémiques tournant autour de grandes figures littéraires du XXe et XXIe siècle – mal à l’aise ne signifiant pas opposé, mais que je ressens des manquements dans les camps en présence, sans parvenir à l’exprimer clairement – je me dis qu’il est plutôt agréable de pouvoir évoluer dans un monde dans lequel des univers mentaux peuvent renfermer une Emily Brent noire ou blanche. Alors oui, ils finiront par comprendre et apprendre la culture de Lady Agatha. Mais cela n’a pas grande importance. Je me rappellerai toujours de ma révolte d’avoir découvert Galadriel blonde alors que je la voyais brune et m’être dit “Ma première impression surpasse une description trop tardive. Elle est toute aussi légitime que cet adjectif “blond” qui arrive trop tard.” J’avais dix ans et c’est la première fois que j’ai découvert la littérature comme espace de liberté absolu.

C’est tout ce que je souhaite à mes élèves.

Laisser un commentaire