
“Monsieur, j’ai terminé ABC contre Poirot ! Vous l’avez lu ?”
Laya me regarde triomphalement. Elle fait partie de ces gamines qui, depuis quelques mois, empruntent régulièrement des bouquins à la médiathèque près de chez elle.
C’est mon objectif de l’année. Amener plus d’élèves à la lecture. Je les y ai encouragés en les faisant beaucoup lire en classe. En leur tenant la main les premières fois : explications du texte, heures entières, ou presque, passées à bouquiner, pour retrouver – ou trouver, parfois – l’habitude de se glisser entre les pages. Sélectionner les livres qui conviennent à chacun… Et admirer le travail des auteurs jeunesses dont la production permet à chacun, même aux plus en difficulté face aux mots, de trouver une histoire à sa mesure.
Mais pour cela, j’ai dû faire des sacrifices. Moins de grammaire, peu de dictée et de rédactions. Toujours, faire des choix. Et pester qu’on doive sacrifier en permanence.
Je ne vais pas me plaindre. Prof de français, mon quota d’heure est pharaonique par rapport aux collègues de sciences, de langues, d’art…
Mais je sais que, cette année comme tous les ans, me tourmentera la question : ai-je fais le bon choix ? Ces paris, que j’oublierai l’année prochaine, donneront-ils les bons appuis à ces mômes ?