Samedi 8 février

“Bonjour Monsieur !
– Ah, Arès ! Comment était cette représentation de cirque qu’on vous a amené voir ?”

Le visage d’Arès s’éclaire et, tandis que les autres troisièmes s’installent, il me raconte sa sortie. Il y a quelque chose de différent, par rapport à la semaine dernière. Les mèches négligées sont passées au ciseau, il a rasé son duvet de barbe, et remplacé son éternel jogging par un polo. Mais au-delà de la transformation physique, c’est son attitude qui s’est modifiée. Il se tient plus droit, et, lorsqu’il me répond, ne me regarde plus par-dessous.

“En fait, il s’agissait d’un spectacle d’auditions par de futurs artistes de cirques, j’ai beaucoup aimé !”

Comme à chaque fois, cette transformation sera cyclique. Les cheveux repousseront, l’enthousiasme laissera à nouveau place à la nonchalance.

La vérité est qu’Arès attend.

Placé en famille d’accueil depuis des années – et une famille d’accueil qui fait un travail fabuleux, l’ayant soutenue dans ses moments les plus noirs, et les plus violents – le jeune homme se métamorphose à chaque fois qu’il a l’occasion de voir les quelques fragments de sa famille qui lui restent. Une famille qui, d’après ce qu’il me raconte, prend soin de lui, le nourrit intellectuellement, et lui donne confiance en lui.

Arès attend ce moment où il aura gagné son indépendance, où il pourra rejoindre ces gens de sa volonté propre. Et en attendant, vit au gré des marées. Des adultes qui s’occupent de lui et recousent son histoire familiale en morceaux. Famille, famille d’accueil.

Et profs.

Souffler sur ces braises en attendant l’âge adulte. Pour que le feu, enfin, prenne, et qu’Arès brille.

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