Mercredi 18 mars

Premier “vrai” cours en classe virtuelle (après avoir pas mal patouillé hier) : une heure d’Histoire des Arts, un peu décrochée. Un cours que j’aime beaucoup, qui me rassure, une étude d’”Oedipe explique l’énigme du Sphinx” d’Ingres.
Et comme je suis vert de peur de me retrouver à pérorer face à un écran avec un outil que je ne maîtrise pas encore tout à fait, j’ai discrètement proposé à ma sœur de venir assister au cours. Elle est l’une de mes meilleures amies et la savoir là me rassure énormément . Elle a donc crée un pseudo et se tient dans la classe en silence. Pendant que j’explique le tableau aux élèves, qui, entre voix grésillante et phrases lapidaires, tentent eux aussi de construire leur interprétation de l’œuvre.

Je finis le cours sur les rotules. Je disais lundi que j’avais besoin de la présence de mes élèves dans ce métier, je ne me suis pas encore rendu compte à quel point je disais vrai. Certes ils me fatiguent. Mais me renvoient aussi une énergie nécessaire. Malhabile, je danse en permanence sur leurs mots, leurs découvertes, leurs erreurs. Elles sont ici tellement atténuée que je peine à capter cette vibration essentielle.

Avec surprise, je me rends compte que le Discord des quatrièmes Avaltout est en train de se transformer en une coopérative de travail hyper vertueuse. Les plus calmes ont réussi à prendre le pouvoir, et transmettent gentiment consignes et devoirs à leurs camarades, qui commencent à jouer le jeu. Physique, histoire et maths circulent. “Cherche bien” est l’expression qui revient le plus souvent. Bien sûr il reste les Avaltout, et je reprends sévèrement deux élèves qui commencent à s’insulter, sous le regard horrifié de leurs camarades. Mais je ne les ai jamais vu ainsi.

Je déteste le “au moins”. Et je réprime fermement la pensée qui commence à se former : “Au moins, ils apprennent à travailler différemment.” Le potentiel a toujours été là. Il me manquait juste la perspective.

Et puis ça reste exceptionnel. Le chat des Etourvol est, lui, hyper restreint du fait de leur incapacité à se parler six secondes sans une insulte.

Depuis lundi, mes journées ont doublé en temps de travail, et il va me falloir rapidement apprendre à garder de la distance, à surfer sur le chaos. Encore quelques étais à poser, et peut-être, juste peut-être, pourra-t-on commencer à conjurer le confinement.

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