
Nathanaël est un gamin que j’aime beaucoup. Un physique de Gavroche, et un ego surdimensionné, qu’il apprend, petit à petit, à maîtriser. En cours, il a tout le temps la main levée et, même lorsqu’elle ne l’est pas, il s’arroge de toutes façons le droit de parler.
Depuis son entrée dans la classe virtuelle, Nathanaël est silencieux ; à tel point que, alors que les micros sont tous ouverts, je lui demande si le sien fonctionne. “Ben oui, mais je parle pas.” “Wah ça nous change !” le vanne Malik.
Instantanément, une voix puissante m’emplit les écouteurs : “Pourquoi, il est comment en classe, Nathanaël ?”
Résistant à l’impulsion de bondir de mon siège pour m’abriter derrière Tartelette-le-lapin, je tente une approche un peu plus adulte en balbutiant un “Bonjour monsieur ?
– Bonjour monsieur Samovar ! Pardon de déranger, je voulais pas.
– Vous êtes le papa de Nathanaël ?
– Oui, faites comme si j’étais pas là, continuez.
– Ah c’est drôle, rigole Lumen, ma maman aussi elle est là… Quoi, maman, c’est pas grave.
– Comme mon père, il écoute, maintenant quand je suis en cours.
– Et mon frère aussi, vous vous rappelez de lui, monsieur Samovar ?”
Je reste tétanisé. Depuis trois jours, il semblerait que je fasse cours à une bonne dizaine d’adultes et d’adolescents en quatrième Dracaufeu.
Ce confinement nous a placé entre les murs. Mais avec son ironie habituelle, le hasard a fait voler en éclat ceux qui enserrent les classes.